Un Prix Schiller 1999 vient d'être attribué à l'écrivain romanche sursilvain pour l'ensemble de son œuvre. Celui-ci est né en 1935 près de Glion dans les Grisons (Ilanz, en allemand), à Vella dans la Lumnezia. Gymnase à Mustér (all. Disentis) de 1947 à 1954. Etudes de philosophie et de théologie à Rome, Tübingen et Zurich; doctorat en théologie. Professeur au gymnase bénédictin de Mustér (1961-1970). Professeur de théologie fondamentale et dogmatique à l'Université bénédictine de Saint-Anselme à Rome (1970-1975). Depuis 1975, professeur au gymnase suisse de Milan.

Œuvres: Il sault dils morts (La Danse des morts), nouvelles, Ed. Romania, 1982. Il cavalut verd (Le Poulain vert), nouvelles, Porclas, 1988. La petta de spigias (La Galette d'épis), fragments d'autobiographie sous le signe de saint Augustin et de Proust, Porclas, 1998.

Derungs s'est mal plié à la férule religieuse du séminaire et du sacerdoce. Resté croyant mais revenu à la vie laïque, il n'est pas tendre pour les rigidités dogmatiques et les bien-pensants, et ses dénonciations satiriques font souvent songer à Bloy ou Bernanos. Son œuvre iconoclaste a fait scandale dans la Surselva catholique. Beaucoup le considèrent comme un traître et un blasphémateur parce qu'il a le courage de ses certitudes: le principe d'autorité, le respect de l'ordre établi étouffent, pense-t-il, l'identité des êtres et les prive de la liberté que Dieu leur a donnée. L'adoration fervente dégénère alors en rites nécrosés.

La nouvelle (ou la parabole) ci-dessus montre assez l'universalité de sa réflexion. Elle nous invite à réfléchir sur tous les intégrismes, les dogmatismes, les stalinismes intellectuels qui ont ravagé et continuent de ravager la planète. Si, comme l'écrit Camus, «l'artiste est le témoin de la chair, non de la loi», Derungs est un artiste exemplaire.