Le poche de la semaine

Descente dans les bas-fonds

«Ce Monde cruel», roman incroyablement violent, révèle en Richard Lange un mousquetaire des lettres

Genre: Roman
Qui ? Richard Lange
Titre: Ce Monde cruel
Trad. de l’américain par ­Cécile Deniard
Chez qui ? 10-18, 480 p.

C’est en Californie qu’a grandi Richard Lange – il est né en 1961 à Oakland –, et les récits qu’il nous envoie de ce pays ressemblent à des faire-part de décès. Dès son premier recueil de nouvelles (Dead Boys, déjà réédité en 10-18), Lange noir marchait sur les brisées de John Fante et de Raymond Carver pour rameuter une troupe de chiens battus qui, loin des paillettes de Sunset Boulevard, se bricolaient des destins de pacotille en titubant au bord des gouffres – alcool, drogue, dé­samour, violence – dans les recoins les plus ténébreux de Los Angeles. «J’aime cette ville comme un être humain. Elle me tue et m’enchante chaque jour», dit Lange, qui ne change pas de décor dans Ce Monde cruel. Jimmy Boone, son jeune héros, est déjà au bout du rouleau, mais il veut se refaire pour ne pas rester une épave. Fraî­chement sorti de prison, il travaille comme barman dans un snack de Los Angeles et c’est là qu’il apprend la disparition d’Oscar, un Guatémaltèque retrouvé mort dans un bus, le corps couvert de morsures de chien. Avec son patron, Jimmy va essayer d’en savoir plus. «Découvrir ce qui est arrivé à Oscar est devenu pour lui une sublime quête de vérité, même si cette histoire pue les emmerdes», écrit Lange, dont le héros va oser s’aventurer – à mains nues – dans les bas-fonds de la ville, où règne un truand qui organise de monstrueux combats de pitbulls. Est-il possible de trouver la rédemption dans cette jungle où les forces du mal ont pris le pouvoir? Cette question ne cessera de hanter Jimmy, qui a décidé de donner un sens à sa vie de la manière la plus improbable: «foncer tête première dans le mur»… Un roman incroyablement violent, qui révèle un nouveau mousquetaire des lettres américaines.

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