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Désenchantement numérique, selon Miguel Benasayag

Pour résister à la colonisation de nos vies par les algorithmes et l’intelligence artificielle, Miguel Benasayag prône des expériences d’hybridation avec la technique qui respectent la singularité du vivant et de la culture

«Aujourd’hui, la nouveauté est que nous n’avons ni providence, ni téléologie, ni promesses.» C’est sur le fond de ce constat désenchanté – déprimé? – que le philosophie et psychanalyste Miguel Benasayag réfléchit au devenir de notre monde numérique. Ce qu’il propose dans ce petit livre d’entretiens, c’est un diagnostic historique sur la civilisation occidentale. D’un côté, le XXe siècle aurait vu s’épuiser les promesses de la raison (crise des fondements en science, totalitarismes politiques en Europe) – thèse relativement banale au regard des travaux de l’école de Francfort ou de Hannah Arendt, pour ne citer que ceux-là. Mais, d’un autre côté – et là, la thèse est plus suggestive –, la promesse d’une rationalité conquérante serait aujourd’hui ressuscitée par le numérique et son extension tous azimuts.

La promesse d’une rationalité totale

«Après un siècle de crise de la rationalité, nous avons vu que grâce à la cybernétique, nous sommes passés à une nouvelle promesse, dans le monde postmoderne, ou plutôt hypermoderne comme disait Foucault. Dans la modernité, l’homme en tant qu’être humain doit s’accomplir grâce à la rationalité totale. Dans l’hypermodernité, c’est la machine qui doit accomplir cette rationalité totale.»