Les musiciens n'ont pas attendu la vague verte incarnée par Greta Thunberg et les marches pour le climat pour chanter une planète menacée. Chaque semaine de l'été, «Le Temps» vous propose de (re)découvrir une chanson engagée.

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S’il vous plaît, dessine-moi un chanteur engagé… Face à cette injonction, on griffonnerait certainement une silhouette frêle, guitare en bandoulière, harmonica autour du cou. Bob Dylan est depuis le début des sixties l’archétype du songwriter, un musicien dont les textes font sens. Au printemps 1963, tandis que les Beatles fredonnaient «love, love me do, you know I love you», le futur Nobel de littérature dénonçait sur Masters of War la course à l’armement à l’œuvre durant la guerre froide.

Pour de nombreux artistes, les années 1980 furent une traversée du désert, tant le son souvent criard des guitares et celui très kitsch des abondants synthétiseurs ont rapidement vieilli. Dylan gravera sept albums durant la décennie, le plus intéressant étant Oh Mercy, produit par Daniel Lanois. Pour Infidels, publié en septembre 1983, c’est à un autre producteur de renom qu’il fit appel: Mark Knopfler, leader de Dire Straits au jeu de guitare si identifiable.

L’homme court à sa perte

Après plusieurs enregistrements ouvertement religieux suite à sa conversion au christianisme, Infidels voit Dylan revenir à des thèmes plus personnels, malgré, ça et là, quelques occurrences bibliques. License to Kill, un morceau lent, joliment soutenu par Knopfler, s’ouvre sur un avertissement sans équivoque, là où le barde new-yorkais a parfois filé la métaphore: «Man thinks 'cause he rules the earth, he can do with it as he please…» L’homme pense que comme il dirige la Terre, il peut faire ce qu’il veut avec. Et il embraie: l’homme court à sa perte, le premier pas a été d’atteindre la Lune.

Derrière cette critique de l’impérialisme se cache un message environnemental. Dans le refrain reprenant le titre du morceau, une femme se demande qui va retirer à l’homme son permis de tuer… Redécouvrir cette chanson, vingt-sept ans après sa sortie, au moment des catastrophes de Beyrouth et de Maurice, a quelque chose de désespérant.