L’événement se déroule tous les deux ans, dans le riant village de Langenthal, dans le canton de Berne. En alternance avec le Saturday’s Design, le comité du Prix Suisse du Design y décerne ses prix aux designers de notre pays. La prochaine cérémonie aura lieu le 30 octobre dans une ambiance campagnarde propre à ce coin typique de l’Oberland où les géraniums fleurissent en été au balcon. Seulement voilà, elle rameute assez peu de public romand. A la tête de l’association depuis trois ans, Michel Hueter ne ménage pourtant pas ses efforts pour attirer en Suisse alémanique les amateurs du style rivé à leur Léman. Cette année, il a multiplié les catégories (au nombre désormais de 11) et rajeunit le concept. Prix pour le design durable réservé aux luminaires, Prix pour les jeunes créateurs en fashion design permettent ainsi d’élargir le spectre d’un domaine de la création trop souvent résumé à la production de meuble. Du coup, il a aussi encouragé les candidatures lémaniques pour grossir les rangs de ses nominés. Diplômés de l’ECAL (surtout) et de la HEAD (un peu moins) se retrouvent en concurrence avec leurs homologues de Bâle et de Zurich. Tandis que le Grand prix, on le sait déjà, sera remis dans deux semaines à un designer œuvrant de ce côté-ci de la Sarine. Qui? Mystère.
Pour autant, tout cela va-t-il inciter les Vaudois et les Genevois à faire le déplacement? Ce serait bien. Ce serait mieux. Le Swiss Design Awards de la Confédération mis à part (lui décerner chaque année), le Prix Suisse du Design est le seul à valoriser une industrie certes à la mode, mais difficile, car implicitement lié à l’économie. Car designer est un métier compliqué chez qui les retours sur investissement sont rarement mirobolants. Créer un objet est une chose. Arriver à en vivre, en est une autre. Il suffit parfois d’une seule lampe, d’une seule chaise pour toucher à vie des royalties. Mais ce Graal, comme celui de la Bible, n’indique jamais où il se cache.
Si pour les designers les temps sont durs, ils le sont aussi pour ceux qui les fabriquent. A Langenthal, se trouvent des usines de bois, de verre et des filatures de textile. Des entreprises souvent familiales qui possèdent ce savoir-faire patient et unique qui les font connaître des designers bien au-delà des frontières helvétiques. Ce qui ne les protège pas toujours des sursauts de la crise, du franc fort et de la compétitivité des marchés. Ici, l’équilibre est parfois fragile. Glas Trösh, manufacture centenaire spécialisée dans le verre, annonçait à la fin de l’été devoir réduire ses effectifs. En Suisse, elle s’apprête à fermer quatre unités de production. Mais pas celle, historique, de Langenthal.