Le Mudac lausannois et le Grand-Hornu wallon ont uni leurs forces pour accueillir le projet d’Yves Mirande: réunir dans une exposition une soixantaine d’objets qui disent le souci d’un nombre important de designers aujourd’hui de révéler, de revendiquer nos racines malmenées par la modernité. Pour le sociologue, ces pièces témoignent d’une «idée d’animalité, de nature» qui «entraîne dès lors une façon de repenser le corps, longtemps oublié à cause de la coupure épistémologique moderne qui mettait sur un piédestal l’esprit au détriment du corps considéré comme sale, impur, avec ses affects, ses humeurs, ses sucs». Aujourd’hui, le geste fait son grand retour, même notre pouce sur l’iPad en témoigne.

Dans le dense petit catalogue de l’exposition, le grand spécialiste du lien social communautaire qu’est Michel Maffesoli vient appuyer ce constat en traitant la formule de «futur archaïque» utilisée pour nommer l’exposition d'«oxymore de la postmodernité». Pour lui, il s’agit de «mettre en scène le mystère de la conjonction humaine, le mystère de notre vivre ensemble».
Et le dix-neuviémiste Olivier Gabet, directeur des Musées des arts décoratifs de Paris, de rappeler que «les utopies du futur, appuyées sur les technologies les plus innovantes, aiment à remonter le temps.». Il souligne que «quand les revivals dont raffole notre début du XXIe siècle comptent en décennies, l’éclectisme du XIXe siècle compte en siècles et le futur archaïque en millénaires».
Plus concrètement, cela donne des objets qui conjuguent lave, silex, bois, céramiques, fourrures, vessies, crânes et ossements animaux, graines et pigments. Et tout cela se pétrifie, se carbonise, se bout… Les matériaux et les techniques utilisés relient les utilisateurs potentiels aux racines les plus anciennes de l’humanité pour mieux les projeter dans l’avenir, tout cela étant réinventé à l’aune du XXIe siècle et de ses connaissances. Le design devient ainsi une sorte d’élastique temporel en rendant moins abstrait le lien existant entre les générations les plus éloignées de l’humanité. La mondialité ne se pense pas seulement dans l’espace de la planète, mais aussi dans les siècles des siècles.

«Futur archaïque», au Mudac, Lausanne, jusqu’au 28 février. www.mudac.ch