De la vidéo au théâtre et du théâtre dans une villa. Saint-Gervais Genève collabore avec l’association Utopiana et la Compagnie Sturmfrei de Maya Bösch pour ce projet un peu déroutant. Et c’est là son premier mérite. Le second étant d’interroger une thématique peu cernable, les «désirs sans destin».

Au théâtre, les visiteurs sont invités à s’asseoir à diverses places pour regarder un moment (ou l’entier, elles ne sont pas longues) des vidéos projetées sur des voiles tombant parmi les sièges. Les scènes, les récits développés évoquent différentes formes de désirs, personnels ou collectifs, poétiques ou politiques. Il faut aussi aller sur scène activer l’installation de Takashiro Matsuo et se promener parmi les papillons, images de nos désirs les plus fugaces.

L’exposition se termine le 31 mai, le spectacle de Maya Bösch, Topographie Désirs, ce dimanche déjà. Il faut donc vite affronter le froid – les comédiennes le font dans des tenues peu propices – pour une soirée où chaque spectateur choisit l’ordre des séquences. Ici, le désir est corps, il est texte aussi. Il est combat. C’est Karine Piveteau qui donne un extrait de Pour en finir avec le jugement de Dieu, d’Artaud, postée à l’entrée du jardin, en équilibre sur une rampe de bois, frêle et forte. C’est Jeanne de Mont, qui dit le désir épuisé, la parole désagrégée, tel que l’a exprimé Ulrike Meinhof dans sa prison. On la regarde à travers les planches de bois qui la barricadent. Du bois, il y en a partout, dans la maison, le jardin, fendu pendant tout le spectacle par Marcela San Pedro. Il donne une homogénéité à ce parcours terminé dans l’herbe, avec Barbara Baker à moitié enterrée (on pense à Madeleine Renaud dans Oh! les beaux jours), qui ondule dans la nuit tombée et dit «Tulipes», poème de Sylvia Plath sur la renonciation.

Topographie Désirs. Utopiana, av. des Eidguenots 21, Genève, à 20h30 jusqu’au 26 mai. Tél. 022 908 20 00 www.saintgervais.ch