Léo en jouant «Dans la compagnie des hommes»: à lui seul, le titre laisse augurer quelque chose de compliqué. Un enchevêtrement de situations, de genres, d'états d'esprit dont le réalisateur Arnaud Desplechin est souvent coutumier. Un mal? Oui, si l'on pense que les films les plus réussis de cet auteur chéri par la critique française, comme La Vie des morts (1991) et La Sentinelle (2002), sont des modèles d'efficacité et de concision.

Film «pauvre», tourné dans l'attente du financement nécessaire à sa prochaine œuvre, Rois et reine qui devrait sortir cette année, Léo… s'est d'abord appelé Dans la compagnie des hommes pour servir fidèlement la pièce homonyme d'Edward Bond dont il est l'adaptation, puis En jouant «Dans la compagnie des hommes» lorsqu'il fit l'ouverture, à Cannes en 2003, de la section Un Certain Regard dans un montage non définitif et, enfin, Léo en jouant «Dans la Compagnie des hommes».

Un intitulé bricolé au fur et à mesure qui dit parfaitement le jeu auquel se livre le cinéaste. Alors qu'au début il s'agissait seulement de faire jouer cette pièce aux allures shakespeariennes, dans laquelle il est question d'hommes qui s'entre-déchirent sur fond de complots financiers et d'OPA, par des acteurs issus du théâtre (Jean-Paul Roussillon) et du cinéma (Sami Bouajila, Anna Mouglalis). On se retrouve, au final, face à un mélange de scènes «traditionnelles», tournées en décors et 35 mm mais jouées «comme au théâtre» avec des plans de répétitions réalisés en vidéo de manière naturaliste. Une narration à plusieurs temps qui met volontairement en exergue le fossé entre mise en scène de cinéma et de théâtre.

Sans plus d'intérêt formel que de contenu, cet exercice de style s'avère bel et bien stérile. Une mécanique boiteuse qui devrait prouver à Arnaud Desplechin que, pour être performante, une complication ne doit pas abuser des artifices.

Léo en jouant «Dans la compagnie des hommes». Arnaud Desplechin (France, 2003), avec Sami Bouajila, Jean-Paul Roussillon, Hippolyte Girardot, Anna Mouglalis.