THéâTRE

Desproges, les fesses à l’air

La compagnie lausannoise Un air de rien adapte pour la scène le roman de Desproges «Des femmes qui tombent». Un joyeux délire libertaire.

Que ceux qui espèrent le Pierre Desproges désenchanté et dandy passent leur chemin. Ecrit en 1985, trois ans avant sa disparition, Des femmes qui tombent est déjà en soi un roman loufoque où le comique français a mis toute sa verve décomplexée. Et la version qu’en donne la compagnie Un air de rien insiste encore sur cette belle santé. Ainsi, le spectacle à voir ce week-end au Grütli, à Genève, avant une tournée romande, est un festival de facéties sans l’ombre d’un état d’âme. De ce point de vue, la précédente création d’Un air de rien inspirée par Louis de Funès était plus riche, car animée du souffle de la mort.

Dans un village sans histoire, des femmes meurent en masse, mystérieusement assassinées, un couple se débat avec un enfant demeuré, un extraterrestre avale tout ce que la terre compte de caoutchouc, et le sexe agit comme soutien moral devant cette adversité. La compagnie lausannoise s’est démenée pour obtenir les droits du roman et livre donc une première mondiale qui relaie la vaste rigolade du livre.

Perruques de folie, costumes vintage, visuels projetés sur des panneaux mobiles à coups de diapos, bande-son stridente, tout est fait pour évoquer les années 80 avec leur souffle libertaire. Le résultat? Un joyeux délire parfaitement orchestré par Sandra Gaudin et ciselé par des comédiens à l’aise dans la caricature.

Christian Scheidt excelle dans le rôle d’un curé fan d’Elvis, Anne-Catherine Savoy et sa coupe mulet est confondante en pilier de bar, tandis que Céline Goormaghtigh incarne une speakerine sous exta et une épouse sans extase. Le fils demeuré? Tous les comédiens se passent le témoin, mais la version géante de François Karlen met franchement mal à l’aise. Quant à Hélène Cattin, elle grince parfaitement en aubergiste déglinguée.

La bonne idée? Projeter des diapos sur des parois en mouvement (François Cesalli) pour rendre la fluidité des décors du roman. On rit, on ne s’ennuie jamais et on découvre avec joie que Desproges appréciait les délires corsés.

Des femmes qui tombent, au Grütli, Genève, jusqu’au 24 fév.; au Crochetan, Monthey, le 28 fév.; au Théâtre Benno Besson, Yverdon, le 12 mars et à Nuithonie, Fribourg, du 15 au 17 mars.

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