Rouge sur blanc, parfois du noir et du bleu: le monde selon Lorna Bornand se décline selon les humeurs du corps, avec renvoi aux contes, qui mettent volontiers en scène des animaux, à commencer par le loup, suivi de l’ours. Domiciliée à Lausanne et diplômée de l’ESAV à Genève, l’artiste intervient délicatement en alliant le dessin à l’encre (rouge sang, parfois d’un bleu d’eau de mer) et la broderie. Le dessin passe presque imperceptiblement d’un médium à l’autre, il décolle par endroits, le temps d’une silhouette, d’un vêtement hérissé de poils, ou d’un pré formé de brins d’herbe poussant dans tous les sens.

Les personnages, héros de ces contes, ce sont des jeunes filles, des hybrides dont soit la tête, soit le corps est habillé de peau de bête, ou d’une capuche en forme de tête de loup, ou de cerf, avec ses bois. Tout suggère un retour à la nature sauvage, à son caractère imprévisible, à ses dangers. Non que ces héroïnes semblent en danger: étant donné qu’elles participent de cette vie sauvage, ces figures tout juste ébauchées nous touchent, intimement, et suscitent une certaine crainte.

Surnaturel

Hormis des dessins reliefs assez petits où, parfois, Lorna Bornand a cousu ses propres cheveux, manière de s’investir et de signer son œuvre, et peut-être de se relier à ces cultures où effectivement des broderies sont réalisées à l’aide de cheveux féminins, une grande pièce occupe une paroi de la galerie. Dessin broderie saturé de couleur rouge, dont s’échappent des éléments épinglés et où ressortent, de nuit, des formes phosphorescentes. Intrusion du surnaturel au sein du monde naturel foisonnant, où nous autres, en tant que héros par procuration, par identification, nous perdons pour mieux nous retrouver.

Lorna Bornand, dessin. Galerie Marianne Brand (rue Ancienne 20, Carouge, tél. 022/301 34 57). Je-ve 14h30-18h30, sa 11-17h. Jusqu’au 23 mars.