Le destin des Suisses romands

Longs ou courts métrages: des noms émergent ou réémergent fièrement, tel celui de Vincent Pluss.

Le jury a décidé que Jacob Berger rentre bredouille avec Aime ton Père, cette admirable tentative où le cinéaste a cherché à concentrer, autour des Depardieu père et fils, les tourments intimes de son propre drame familial. Ses collègues romands du court métrage, en revanche, repartent victorieux: tous les prix de la section Léopards de demain reviennent au terroir romand. Et si ce dynamisme de la partie francophone du pays continue d'être ignoré dans la section Appellation suisse (LT du 8 août), elle transparaît parfois ailleurs. Ce fut le cas ce week-end avec la projection, dans la compétition vidéo, de On dirait le Sud du Genevois Vincent Pluss.

Habité par l'énergie qui révéla les premiers films danois labellisés Dogma, On dirait le Sud peut être vu comme l'accomplissement d'une révolte initiée, il y a deux ans, avec la création de Dögmeli. Ce mouvement, dont Pluss fut un des initiateurs, s'érigeait contre l'inertie suisse en matière d'aide à la création. Avec lui, une génération de cinéastes – dont certains ont participé à On dirait le Sud tels Laurent Toplitsch, Stéphane Mitchell, Luc Peter ou Frédéric Landenberg – avait tenté de se réapproprier l'outil cinéma, sans demander la permission à Berne ou à la TSR, grâce à des films tournés sans moyens et en vidéo. Avec un budget de 10 000 francs et deux jours de tournage, On dirait le Sud retourne sur ce chemin buissonnier. Ce drame familial de 63 minutes, souvent hilarant et où les enfants jouent un rôle central (formidables Dune Landenberg et Gabriel Bonnefoy), est l'occasion, pour Pluss, de mettre la caméra au service des acteurs. Celle-ci balaie l'espace, cherche les bouches, les mots et les gestes avec une énergie qui, d'abord agaçante, finit par produire une émotion hypnotique.

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