L’été meurtrier (7/8)

Destinations 
hippies chics. 
Et si grégaires

Notre chroniqueuse raconte ses galères et ses couacs de la belle saison. Comme le séjour dans ces lieux où des gens identiques se rendent par une pulsion vacancière de meute

Il s’appelait Juan, il était pêcheur. Dans sa maison 
en pierres de Formentera, 
il fallait se laver à l’eau du puits et s’éclairer à la bougie. 
Le paradis en août. Plus rude en hiver, avec le froid, l’humidité et la nuit dès 17h. Son hospitalité m’a offert les plus beaux étés de l’adolescence, à foncer à vélo avec ses filles sur les chemins caillouteux, pour danser jusqu’au petit matin.

Formentera a toujours été accueillante. Dans les années 70, artistes et hippies sont venus, s’y sont installés, ont eu des enfants avec les insulaires, leur ont donné des prénoms de fruits, créant une communauté ouverte.

Un must pour les célébrités

Juan est décédé, et migrer l’été à Formentera 
est devenu un must pour de nombreux people. On s’y reçoit entre soi, dans des villas avec piscine qui mangent chaque 
été plus de pinède. Les conversations tournent 
souvent autour des projets professionnels, comme le reste de l’année devant la machine 
à café du bureau, mais face 
à une mer turquoise. Même après avoir pris un avion et deux bateaux, certains aiment retrouver la meute familière.

En fait, un instinct grégaire

J’ai découvert le même instinct grégaire sur la petite île de Lipsi, dans le Dodécanèse, invitée à y rejoindre une cousine. Elle y fréquentait des Italiens toujours entre eux. «Ne parle jamais de cette île!» m’avaient-ils tancée, à peine présentée, comme si j’étais l’envahisseur. Trois jours plus tard, ils étaient toujours hostiles. Ma logeuse grecque, elle, nous avait spontanément cuisiné un repas pantagruélique.

Dans Du voyage rêvé au tourisme de masse, Thomas Daum et Eudes Girard évoquent un nouveau «colonisme»: l’investissement, par des populations aisées, de «territoires attirants», pour l’organiser selon leur principe de plaisir. Quand ces populations rendent enfin 
le territoire à la rentrée, reste l’inflation. La maison que Juan louait à un paysan figure 
sur Airbnb, à 15 000 francs par mois. Elle reste vide entre septembre et juin.


La précédente chronique: Un été à Tanger chez un héroïnomane

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