PHOTOGRAPHIE

Les destins noirs et blancs de Leonard Freed

Rétrospective lausannoise du reporter engagé de l'agence Magnum.

«En définitive, la photographie n'a à voir qu'avec vous-même. C'est une recherche de la vérité en relation avec vous-même», aimait dire le New-Yorkais Leonard Freed. Cette éthique est le fil conducteur du reporter de l'agence Magnum, auquel le Musée de l'Elysée rend hommage dès aujourd'hui. Leonard Freed ne découvrira hélas pas sa rétrospective en 225 images: il est mort cet hiver à l'âge de 77 ans.

Freed n'est pas le membre le plus connu de la célèbre coopérative de photographes, à laquelle il a colloboré dès 1956. Il appartient à la deuxième génération de Magnum, qui a suivi celle de Capa ou Cartier-Bresson. Au contraire de ces géants, ou d'autres talents exceptionnels de l'agence, il n'y a pas un «style Freed» immédiatement identifiable. Mais c'est un œil sûr, habile, très professionnel et surtout d'une sensibilité extrême au fatum, à la dimension tragique de l'existence.

Né à Brooklyn dans une famille juive originaire de l'Europe de l'Est, Leonard Freed veut d'abord devenir peintre. Mais un séjour aux Pays-Bas puis la prise en charge de sa formation à New York par le directeur artistique Alexei Brodovitch (Vogue, Harper's Bazaar) le convainquent d'opter pour la photographie.

Edouard Steichen, alors responsable de la photo au MoMa, est impressionné par ses premières images (il lui en achète trois), mais conseille au jeune homme de rester amateur pour ne pas tremper son regard dans des considérations commerciales. Freed passe outre. Il commence à s'intéresser, et ce sera une constante dans son travail, à son identité juive, à Brooklyn et bientôt Amsterdam, avant que cette quête ne le mène en Allemagne, ou au-delà du Rideau de fer.

Dans les années 60, Freed documente avec force le combat des Noirs américains pour leurs droits civiques. Comme ses autres reportages au long cours, le photographe s'immerge plusieurs années dans son sujet, parce que la cause est juste, ou l'injustice flagrante. Cet engagement le pousse à suivre, dans la décennie 70, les flics de New York dans leurs missions quotidiennes, tant il estime injuste la diabolisation de la police par les protestataires pacifiques de l'époque. Freed saisit là, aux côtés des hommes en uniformes, certaines de ses icônes américaines les plus célèbres: un menotté torse nu à l'arrière d'une voiture de police (pris en gros plan), un overdosé dans un couloir d'immeuble (pris de l'étage au-dessus), un trucidé coincé sous une voiture, dans un parking (pris au ras du sol). Ici comme ailleurs, que ce soit dans la rue à Naples, dans le désert pendant une guerre au Moyen-Orient ou en Wallonie minière, le noir et blanc de Freed reste imprégné du suif aigre de la violence. Mais l'œuvre de ce juste reste d'abord en empathie avec ceux qui luttent pour leur dignité.

Leonard Freed. Musée de l'Elysée (av. de l'Elysée 18, Lausanne, tél. 021/316 99 11, http://www.elysee.ch) Ma-Di 11h-18h. Jusqu'au 2 sept.

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