Montreux Jazz

Les déstructurations de John Cale pour inaugurer le nouveau Montreux Jazz Club

Après une délicate entrée en matière par la jeune Pomme, l’ex-Velvet Underground a fait forte impression dans une salle clairsemée et parfois perplexe

Il fallait un premier concert pour inaugurer le nouveau Montreux Jazz Club, désormais lové à l’étage inférieur du Petit Palais, rebaptisé House of Jazz, et c’est à Pomme qu’échut cet honneur. Pomme? Une jeune chanteuse lyonnaise de 22 ans, auteure en octobre dernier avec A peu près d’un très beau et délicat premier album.

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Pomme est seule en scène, elle ne tremble pas, sa voix est suspendue, elle est de celles qui nous font frissonner. Elle joue de la guitare, mais aussi d’une autoharpe qu’elle affectionne parce qu’elle a l’impression qu’elle «lave ses pêchés»; elle a découvert cet instrument de poche dans Walk the Line, le biopic consacré à Johnny Cash et June Carter. Les influences de Pomme viennent aussi de là, de la country américaine, elle a beaucoup écouté Dolly Parton, de même qu’elle revendique l’influence de Joan Baez. Pomme a inauguré le Jazz Club et ce fut beau, entre fragilité et maturité. Las, le Club ayant été redimensionné à la hausse, et cette soirée inaugurale étant peut-être trop audacieuse, le public était bien maigre, ambiance fin de soirée lorsqu’il ne reste plus que quelques irréductibles autour d’un dernier verre.

Changement radical ensuite avec John Cale. Ou plus simplement: un musicien de légende qui, à la fin des années 1960, dynamita les règles du rock au sein du Velvet Underground, avant de produire Patti Smith et les Stooges. Le Gallois est là avec trois musiciens, mais aussi une douzaine de membres du Sinfonietta de Lausanne. Dès le premier titre, «Ship of Fools», qu’il revisite avec rage, à la guitare alors qu’il passera l’essentiel du concert derrière ses claviers, il annonce la couleur: pas question de se la jouer nostalgique, il empoignera son répertoire à la punk, déstructurant ses mélodies, les emmenant vers des territoires psychédéliques, bruitistes, expérimentaux parfois. Et, même si la perplexité d’une partie s’entend à travers les applaudissements polis qui ponctuent sa performance, ce radicalisme est merveilleux. «Ma musique est le journal de ma vie émotionnelle», nous disait-il il y a une dizaine d’années.

Lorsqu’il empoigne son violon et qu’il cherche les notes introductives de «Venus in Furs», ce morceau phare du fondateur de The Velvet and Underground & Nico, ou «album à la banane», l’émotion est intense, les images remontent, celles du New York alternatif des sixties, d’Andy Warhol et de Lou Reed, de la Factory. Le Sinfonietta est là, mais n’envahit jamais l’espace. Les cordes et cuivres soutiennent les musiciens, sont à leur service, créent comme une nappe avec laquelle John Cale peut jouer. On l’a dit, le nouveau Montreux Jazz Club est grand; des tables devant, des gradins à l’arrière, d’où une distance qu’il n’est pas aisé de franchir lorsque la salle est peu remplie. A voir ces deux prochaines semaines comment ce nouvel espace, qui est agréable, va fonctionner.

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