L'un des charmes puissants de l'art contemporain, c'est que ses œuvres renouvellent l'idée qu'on se faisait d'une «œuvre», parfois pour le meilleur et parfois pour le pire – ce qui n'est pas plus mal, car pire rime avec rire, et dans ce triste monde on en a bien besoin. Lorsqu'en plus il s'agit de sculptures en plein air, disséminées sur un vaste territoire, s'y ajoute un petit côté excitant «chasse au trésor».

Les quatre heures de balade de Môtiers 2003, exposition d'art en plein air entre rues et forêts, valent donc certainement les 12 francs de l'entrée, surtout si l'on considère qu'est inclus dans ce prix le droit de se payer la tête de ceux et celles des artistes qui l'ont trop boursouflée.

En art contemporain, c'est un peu comme chez les jésuites: ce n'est pas le résultat, c'est l'intention qui compte. Chez les artistes qui ont du talent, il se trouve que les deux coïncident, de sorte que le public peut se ficher de l'intention, comme il l'a toujours fait en regardant de l'art. A Môtiers 2003, on trouve de tels moments de grâce. Mais quand ça ne coïncide pas? Pas de panique, messieurs-dames, dans le prix de l'entrée est aussi compris le prospectus, où toutes les intentions sont décrites noir sur blanc. C'est ce que Nathalie Heinich, sociologue de l'art, qualifie savamment de «surenchère herméneutique» («Le vide, précise-t-elle, est générateur de glose»).

Un petit exemple de ce langage inimitable, taillé ici dans le meilleur bois des sapins du Val-de-Travers? «Un matériau industriel qui paraît organique, une plante qui a l'air d'un animal marin… nos repères sont bousculés, le doute s'installe…» Sachant que l'œuvre en question est immédiatement reconnaissable, par contraste avec la verdure qui l'environne, comme un amas de bandes de plastique trouées, d'un orange brillant nuance chantier d'autoroute, effectivement, il n'y a pas à dire, le doute s'installe. Mais pas sur ce que les deux artistes avaient prévu.