Journal télévisé. Le ruban de l'autoroute défile à travers un pare-brise de voiture. Des pancartes annoncent les aires de repos. Chacune d'elles porte le nom d'un arbre. Nous sommes sur l'autoroute A 77, qui va de Dordives au sud de Paris vers Cosne-sur-Loire, 101 kilomètres plus loin. La voiture s'arrête au Jardin des arbres. Des touristes visitent. Ils ont des écouteurs sur les oreilles. Devant eux, un chêne encore jeune soutenu par des câbles. Ils tapent un numéro sur une télécommande; on entend ce commentaire: «Saint-Louis faisait justice sous les frondaisons d'un arbre comme celui-ci.» Un peu plus loin, devant un buisson chétif: «On dit que cette espèce a servi à fabriquer la couronne d'épines du Christ.»

Ailleurs, près de Limoges, les visiteurs, venus entre le 24 avril et le 3 mai au Centre national d'art et du paysage sur l'île de Vassivière, ont reçu une brouette, une bêche, du compost et, bien empaqueté, un petit arbre à planter. Ils participent au projet d'un artiste, Eric Samakh, et reboisent une parcelle de 1,5 hectare. Samakh a eu cette idée à Rio de Janeiro, où il avait installé des flûtes éoliennes dans la forêt tropicale de Tijuca, créée artificiellement au cours du XIXe siècle sur une montagne qui surplombe la ville, pour arrêter l'érosion.

Autrefois, dans l'Europe chrétienne, les reliques étaient des objets vénérés à condition que l'on puisse croire qu'elles étaient les vrais restes de vrais objets témoignant d'un vrai événement. Aujourd'hui, chaque individu de l'espèce qui a servi à fabriquer la couronne d'épines renouvelle un symbole vieux de deux mille ans. Et les visiteurs d'un centre d'art se joignent volontairement à une cérémonie à la gloire de la forêt.

La nature n'est plus le grand autre redoutable, à conquérir par l'action et par la raison, qu'elle était au XVIIIe ou au XIXe siècle. Des animateurs culturels, sorciers sans le savoir, la chargent de pouvoirs magiques. L'animisme fait un retour de moins en moins discret dans nos contrées monothéiques.