«Dis, papa, c'est vrai qu'il y avait des païens à la Renaissance?» «Oh! des païens, il y en a toujours eu; il faut de tout…» «Je ne rigole pas, c'est une question», et l'enfant montre un livre d'Edgar Wind, Mystères païens de la Renaissance dont la couverture porte la reproduction d'un tableau de Raphaël conservé au Musée Condé de Chantilly, près de Paris: Les Trois Grâces. Impossible de se dérober.

«Dans la peinture de la Renaissance italienne, ce qui est étrange, c'est la coexistence d'images qui viennent de la tradition chrétienne et d'images qui viennent des mythes grecs et romains. Edgar Wind, l'auteur de ce livre, essaie de comprendre cette coexistence.» «Mais je croyais que toute l'Europe était chrétienne, surtout l'Italie, où il y a le pape. Ces peintres, comme Raphaël, ils peignaient aussi des images de la Vierge Marie et du Christ?» «Si, et ils les peignaient pour les mêmes personnes. On pouvait trouver des images de Vénus ou de Jupiter chez un cardinal et chez le pape lui-même.»

«Alors, ils faisaient semblant d'être chrétiens?» «Tu sais, puisque tu connais le Brésil, qu'une seule image peut représenter deux personnages, et même deux religions à la fois. A la maison, nous avons une statue de Nossa Signora de Copacabana, mais c'est aussi une image de Iemanja, la déesse de la mer. Au Moyen Age, le centre du monde chrétien était Jérusalem. Il y a eu les Croisades. Et Jérusalem a été perdue. L'Orient est resté présent en Europe, avec l'influence de Byzance, et avec les Juifs ou les Arabes.

»Mais à la Renaissance, le centre du catholicisme s'est fixé à Rome, il fallait oublier Jérusalem. Le pape et les cardinaux étaient d'autant plus à l'aise avec les images de la mythologie gréco-romaine, que ces images racontaient une histoire qui reliait le passé de Rome au présent de la Rome chrétienne. Rome, Jérusalem, le fond des mers ou le disque du soleil, les hommes ont une imagination infinie pour construire un passé quand ils veulent

expliquer leur présent.»