Les églises chrétiennes sont vraiment en retard d'une guerre. Nous sommes en 2004 et elles essaient de nous vendre Pâques avec les mêmes recettes qu'il y a deux mille ans, appels à espérer, à se renouveler soi-même et à s'engager pour un monde meilleur. Beaucoup trop de contenu pour notre faculté d'absorption. Quant à la forme, volées de cloches, bougies et branches fleuries, il faut regarder les choses en face: moins glamour, tu meurs.

Un peu de modernité, que diable! Les modèles ne manquent pas. Par exemple, à la Foire du livre de Leipzig, dont la Suisse était, cette année, l'invitée d'honneur, les concepteurs du stand helvétique, le Swiss Lounge, ne se sont pas embarrassés du contenu des livres, qui est bien la chose la moins excitante du monde, et de ce fait, évidemment, la moins vendable. Comme le rapportait le 29 mars le correspondant du Temps en Allemagne, ils ont opté pour un show aguicheur, avec dame décolletée et court-vêtue, où l'objet-livre figurait comme accessoire de mode. Le lire aurait été probablement une faute de goût.

Commentaire d'un visiteur qualifié de «shooting star de la jeune scène littéraire zurichoise»: «Ce mélange frivole et glamour me fait penser à la Suisse que Thomas Borer faisait exister à Berlin.» Sexiste, la shooting star: car qu'aurait été Thomas Borer sans son épouse texane en robe rouge à bretelles brodées de petites croix blanches?

On parle désormais moins de Shawne Fielding Borer, mais les églises auraient intérêt à la récupérer pour faire le

marketing de leurs Pâques 2005. Elle animerait, sur les parvis et dans les salles de paroisse, en tenue de Marie Madeleine signée Karl Lagerfeld, des parties VIP où l'on mangerait des œufs durs à la coquille peinte par Jérôme Rudin; elle se ferait photographier un agnelet dans les bras, espiègle, assise sur les genoux de l'organiste; elle chanterait «A Toi la Gloire» sans comprendre les mots français, mais qu'importe le sens, pourvu qu'on ait les signes?