C'est une espèce de petit bonhomme difforme, obèse et bancal, maladroitement croqué, avec une tête de taupe censée faire allusion au laborieux creusement d'une galerie; sa salopette tirebouchonnée est verdâtre (une nuance peu flatteuse du vert vaudois); pour que nul n'en ignore, il plante dans la terre une pelle patriotique au design d'écusson.

Accablant constat: pour tenter de souder l'ensemble des Vaudois autour d'un projet réellement social, écologique et prometteur de retombées économiques – la création, mise en votation le 24 novembre, d'un métro reliant la rive du lac au nord de Lausanne – les promoteurs du M2 ont réussi l'exploit de combiner le degré zéro du symbolisme et la mocheté à la puissance 2002.

Personne ne demande à la communication politique, qui par nature ne doit pas être trop subtile, de faire dans le grand art; et fort heureusement ce ne sont pas l'indigence sémantique et la puérilité esthétique du matériel de la campagne qui décideront du sort du nouveau métro. Mais tout de même.

Myope comme une taupe, que voilà un message rassurant à propos d'une entreprise tournée vers l'avenir. Vert crise de foie, que voilà une couleur requinquante pour des Vaudois qui en ont assez d'avaler des couleuvres. Quant à la pelle et l'écusson, version locale et bon enfant d'autres couples célèbres de l'histoire (le marteau et la faucille, le sabre et le goupillon), que voilà une gémellité stimulante pour le XXIe siècle commençant.

Et puis, misère, ce que c'est mal dessiné! Personne ne demande au comité de soutien d'engager un Léonard de Vinci, on n'en trouve plus et ça ferait des frais malvenus vu le contexte. Mais un peu d'habileté et d'imagination, un peu de second degré, bref un peu de culture, ce beau projet en aurait valu la peine. Les gens qui font de la politique et qui se plaisent à dire qu'elle s'occupe même de ceux qui ne s'occupent pas d'elle devraient savoir que pour la culture, c'est pareil.