Elles étaient contemporaines: Aloïse (1886-1964), Alice Bailly (1872-1938) et Violette Diserens (1888-1965). Elles ont vécu dans le canton de Vaud, après des séjours à l'étranger – la première fut gouvernante à la cour de Potsdam, les deux autres montées à Paris pour parachever leur formation. L'exposition à l'Espace Arlaud à Lausanne confronte le parcours de ces trois peintres.

L'enjeu ne consiste pas à comparer leurs œuvres, chacune disposant d'un espace qui reconstitue son univers. Il s'agit moins de dégager les points communs que de cerner les attitudes personnelles: la détermination face à la difficulté, à l'époque, d'être femme et de vouloir mener une carrière artistique.

Pour ce qui concerne Aloïse, que l'on considère comme un pilier de l'art brut, l'exposition et le fascicule ad hoc font apparaître la cohérence de sa démarche ainsi que sa culture étendue mise à l'œuvre dans ses dessins double face.

Le visiteur est fasciné par le chromatisme de l'exposition. Ces artistes étaient de grandes coloristes, chacune maîtrisant sa palette – changeante chez Aloïse (les crayons puis les craies) et Violette Diserens (la peinture à l'huile éclatante dans l'œuvre tardive), plus tempérée chez Alice Bailly, qui aux tons bleus ou verts mêlait les tonalités des cubistes.

Les fascicules établis par des spécialistes pour chacune stigmatisent le manque de neutralité des critiques dans la réception des œuvres, lors des trois expositions qui les ont présentées au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne dans les années 1950 et 1960. Cette exposition est un acte de réhabilitation, tendant à mettre en avant les qualités des dessins, peintures et gravures.

On connaît les fresques dessinées par Aloïse. Une vitrine dotée d'un miroir permet de voir le recto et le verso du Réveillon avec toi, constitué de papiers cousus les uns aux autres et dotés de collages. On y reconnaît les yeux emplis de ciel des femmes d'Aloïse, dont les seins sont ronds comme des ballons. On connaît aussi la période cubo-futuriste d'Alice Bailly, qui a donné un Jeu d'éventail (1913) pouvant être comparé au Portrait d'Ambroise Vollard de Picasso ou une Heure du thé (1913-1914). Et l'on se souvient qu'à Paris Alice Bailly a fréquenté Apollinaire, qui l'a associée à l'orphisme et à Sonia Delaunay.

Des peintures de la période antérieure – un Jardin rose pointilliste – et ultérieure, ce Jardin du Luxembourg de 1930, moment du «retour à l'ordre» opéré par les peintres en France comme en Suisse, viennent compléter ce portrait d'un artiste par son œuvre.

Tournons-nous maintenant vers la plus oubliée des trois, Violette Diserens. Femme volontaire, elle a soutenu la Société suisse des femmes peintres, sculpteurs et décorateurs et a donné de beaux portraits ou autoportraits qui évoquent Marie Laurencin, considérés comme «sages». Sages, les tableaux de la maturité, tels les Tigres au cirque, ne le sont point, puisqu'ils flamboient littéralement. On remarquera enfin la grande finesse et les ombrés des gravures à l'eau-forte.

Un vaste monde de lumière. Aloïse, Alice Bailly, Violette Diserens.

Espace Arlaud (Riponne 2 bis, Lausanne, tél. 021/316 38 50). Me-ve 12-18h, sa-di 11-17h. Jusqu'au 22 avril.