Sa femme vient de mourir au terme de deux ans de souffrances. Uriner est une torture constante. Son portable vient d’émettre un signal d’agonie – «koreukeuk… koreukeuk…» (les onomatopées rythment le récit). Directeur commercial d’une entreprise de cosmétiques, il aura une semaine de congé pour organiser les funérailles, mais auparavant il doit décider d’urgence quel sera le slogan de la nouvelle campagne: «De l’été à l’automne, le voyage intérieur de la femme» ou «En été la femme devient légère».

En beauté du Coréen Kim Hoon bouscule les codes et les attentes occidentales en matière de deuil conjugal. En quelques petites pages renversantes, le récit donne une image saisissante de la Corée d’aujourd’hui. La tumeur au cerveau de l’épouse, les problèmes de prostate du veuf et les mesures prises pour les soulager sont décrits avec une précision clinique glaçante, des détails organiques implacables, sans le moindre affect. La mise sur pied de la cérémonie exige un sens exercé des hiérarchies. Et la location du salon funéraire, le menu: à chaque étape, il s’agit de dégainer carte de crédit et téléphone portable. Heureusement, la collecte lors de la veillée funèbre compensera le trou budgétaire.

Mais il y a aussi le vieux patron qui ne perd pas de vue la campagne à venir, la concurrence, les représentants revendicatifs à calmer, les stocks à brader, les scandales sanitaires à étouffer. Et les directeurs de service, jeunes loups qui soupèsent les différents slogans dans des dialogues d’anthologie, tout en présentant leurs condoléances. Le chef l’a bien dit: «Immense est le marché, mais bien tordues les voies de sa pénétration.» Il y a aussi la fille, – tout le portrait de sa mère –, à consoler, et le chien à faire piquer, car qui s’en occupera? Toute cette agitation funéraire et commerciale est entrecoupée de passages lyriques, adressés in petto à une séduisante employée, ardemment observée dans le open space. Sidérant, comique et terrifiant.

Kim Hoon

En beauté

Trad. de Han Yumi et Hervé Péjaudier

Philippe Picquier, 80 p.

3 étoiles