C'est une histoire de paternité qui prend carrément une allure «grand-guignolesque». Les deux concours de violon de Sion s'étripent. Affiches arrachées, vol de panneaux dans la rue, intervention du conseiller municipal chargé de la culture: à la vieille des épreuves éliminatoires, les coups bas fusent. Et chaque clan tient un discours parfaitement opposé. Les interlocuteurs répondent de manière tantôt agacée, tantôt émotive, d'autant que la vie de Tibor Varga est en jeu.

Opéré lundi à l'Hôpital de Sion d'un triple pontage au cœur, l'homme a fait savoir qu'il était sain mardi. A 81 ans, Tibor Varga reste ce tronc rugueux qui regorge de sève et de génie, mais son état s'annonce critique. «Il était assis derrière moi, lors du concert donné samedi par une de ses meilleures élèves à l'Eglise des jésuites, explique Pierre Menegale, un proche du pédagogue. On a eu peur que ce soit la dernière fois qu'il assiste à un concert.» Tibor Varga ne sera donc pas sur le terrain, cette année. Par contre, son fils Gilbert est à nouveau sur la scène. Il présidera le jury du concours qu'une association de Valaisans a fondé au mois de mai, aux côtés de Tibor.

Pour mémoire, le maître hongrois a claqué la porte du festival qui portait son nom en octobre 2001. Le conflit de pouvoir l'opposant à son bras droit Jean Bonvin était trop fort. Remonté contre le comité qui prenait trop de distance avec sa personne, Tibor Varga a toujours revendiqué la paternité du concours. Et malgré la perche que lui a tendue Jean Bonvin pour conserver «une place d'honneur» au sein de ce concours, il a préféré faire cavalier seul. En quête d'une personnalité forte, le «Festival international de musique de Sion-Valais» – son nouveau nom de baptême – a alors élu Shlomo Mintz à sa place. Heurté par cette décision, son fils Gilbert claquait à son tour la porte.

D'un côté donc, la nouvelle équipe dirigeante du festival. Et de l'autre, un groupe de Valaisans ulcérés par le sort réservé à Tibor. Le 13 mai, ceux-ci formaient une nouvelle association à ses côtés. Leur discours? Peu importe les coups de griffes de l'homme réputé caractériel, c'est un patrimoine de quarante ans qu'il faut sauver. «Nous sommes les seuls autorisés à revendiquer le concours», explique Pierre Menegale, tandis que l'altiste Jacques Mayencourt, ex-élève du Maître, considère Varga comme «une des dernières légendes vivantes de l'école de violon romantique». Si les mauvaises langues prétendent que ce dernier cherche à se positionner, d'autres soulignent que c'est la manière dont Tibor Varga a été traité qui heurte. «Certes, Maître Varga n'a pas un caractère facile, mais la nouvelle équipe n'a pas été élégante avec un homme de 80 ans, commente un observateur. J'ai assisté aux dialogues au sein du comité l'année dernière. On n'a pas vraiment cherché de solution, chacun a cherché à bouffer l'autre.» Et de proposer qu'une instance de médiation s'empare de l'affaire, en dehors de tous les acteurs – y compris la municipalité de Sion.

Car sur le plan politique, là aussi les points de vue divergent. La municipalité de Sion affiche clairement sa position: «Tibor Varga est certainement un très grand pédagogue, mais il a eu des caprices de diva, explique François Mudry, président de la Ville. Il m'a écrit le lendemain de sa déclaration d'octobre pour m'annoncer qu'il quittait la ville de Sion.» Si le municipal ajoute que Jean Bonvin est «un homme ordonné et clair», il précise que «d'après les statuts de l'association qui ont été refaits en janvier 2001, le concours de violon dépend du festival». D'où la décision de verser le montant entier de la subvention (390 000 francs) au Festival international de musique de Sion-Valais. L'Etat du Valais, par contre, a décidé de couper la poire en deux (5000 francs de part et d'autre).

Les choses se compliquent lorsqu'on sait que Tibor Varga a fait appel à un avocat pour défendre ses intérêts auprès de la Fédération mondiale des concours internationaux de musique. L'instance est revenue sur sa décision après avoir exclu son concours. Elle propose un moratoire d'ici à l'an prochain, mais il est impossible que deux concours aient lieu dans la même ville pour le même instrument… Condamné au dialogue, chaque clan revendique non seulement la paternité du concours, mais du matériel. «Ils sont passés avec un bus pour voler nos chevalets!», s'exclamait mercredi Pierre Menegale, président de l'Association du Festival Tibor Varga Valais Suisse. Le Festival international de musique de Sion-Valais affirme exactement le contraire: «Ils sont allés se servir dans notre local, avec un double de notre clé. Ils ont piqué les chevalets, le panneau de l'académie. Ils ont même essayé de détourner notre courrier.» Des querelles qui en disent long sur la situation…

Concours International de Violon Tibor Varga. Du 9 au 17 août. Rens. 027/321 23 64. Concours International de violon de Sion-Valais. Du 15 au 24 août. Rens. 027/323 43 17.