Un conseil de chroniqueur carnivore: il faut se jeter sur le gigot des danseurs Foofwa d'Imobilité et Thomas Lebrun. Oui, il faut courir, ce week-end encore, à la Salle des Eaux-Vives à Genève. Deux hussards aux pieds ailés, experts en associations libres à la mode surréaliste, y jouent Le Show dans la nuit qui convient aux révélations. Ils s'exhibent, fesses et omoplates revendicatives, révèlent le potentiel rythmique d'un gigot cru, dénoncent, la tête en bas, le commerce de la chair louée à vil prix par certains chorégraphes. Ils «rappent» leurs douleurs, ils dansent surtout, dans les cendres de leurs concepts jetés au feu. Bref, ce Show est un acte de liberté formidable, éloge fort de la dépense et du mouvement.

Au début, tout est danse dans le silence. Thomas Lebrun, en blanc, paraît s'échapper d'un ballet muet, petits pas de cygne en quête d'envol, devant un écran. Foofwa d'Imobilité, collants lunaires lui aussi, accompagne de loin son complice: il projette sur la toile du fond une faune enfantine en ombres chinoises. Ces deux s'ébrouent dans le préau des danseurs. Ils s'accordent, dans une pénombre neigeuse. Ils vont bientôt inventer un territoire qui ressemblera à leurs dissemblances. C'est qu'ils ne partagent a priori rien: le Genevois Foofwa d'Imobilité a appris à décomposer des mouvements insensés auprès du maître Merce Cunningham, six ans à New York, avant de rentrer en Europe; le Français Thomas Lebrun s'est formé, entre hip-hop et modern jazz, en France, avant de créer sa troupe en 1998.

Tam-tam protestataire

Ces histoires parallèles inspirent un spectacle tout en écarts apparents, aux mailles poétiques serrées. Au préambule succède à l'écran une vision new-yorkaise: une pièce de gigot, portée par un DJ arborant un t-shirt Superman. Et voici que Superman trouve son double sur le plateau: c'est Foofwa d'Imobilité, torse nu, battant le rythme de la colère sur son ventre, tam-tam charnel, tam-tam protestataire. Etat d'alerte donc: le danseur est promis à l'abattoir par le système. Etat euphorique aussi: en chanteuse hispanique émule de Sara Montiel, Thomas Lebrun a des coups de reins à faire perdre la tête au bon Dieu. Ce travesti sort d'un cabaret mauve, manière Pedro Almodovar. Il éructera bientôt sa révolte, un os phallique en guise de micro. Poésie crue. Poésie libertaire. Tout ce qu'on aime.

Le Show, Genève, Salle des Eaux-Vives, rue des Eaux-Vives 82-84,

loc: 022/320.06.06

Sa 6 nov. à 20 h 30, di 7 à 18 h.