C'était inévitable. C'est désormais chose faite. A peine achevées les célébrations du dixième anniversaire de la mort de Gainsbourg (LT des 2 et 10 mars), les «héritiers» se profilent déjà, via deux galettes aux saveurs inégales. Sur la première, baptisée Pop Sessions, quelques artistes de la «nouvelle scène française» s'échinent à plagier l'Homme à tête de chou dans un exercice de relecture aussi classique qu'insignifiant. Plus affriolant, le second – nommé I Love Serge – rassemble une escouade internationale de bidouilleurs électroniques qui parviennent le plus souvent à dépasser la révérence compassée.

Les exégètes francophones de Gainsbourg peinent à dépasser le simple travail de copiste. Par respect ou incapacité de faire autrement, tout ce petit monde y va de son adaptation ou rien n'est réellement «adapté». Une course au mimétisme dont le Breton Miossec triomphe grâce à une relecture troublante de «L'Histoire de Melody Nelson» (mention pour les arrangements signés Polar). On pleurera par contre l'estimé Taha, empêtré dans une Marseillaise reggae, le risible Faudel et son «Elisa» acnéique, l'atone Menelik ou l'insipide Pierpoljak. Consolation avec «L'Hippopodame» version Rita Mitsouko, plus pop que nature.

Témoignant d'une approche beaucoup plus inventive, moins convenu dans le choix des titres, I Love Serge évite le naufrage en privilégiant le Gainsbourg compositeur, au détriment du parolier. Chef de cordée, l'Ecossais Howie B. (Björk, Les Négresses vertes, Tricky…), donne le la avec une relecture hypnotique de la cultissime «Ballade de Melody Nelson». Autre géant de l'electronica anglo-saxonne, The Orb relève le gant du «Requiem pour un c…» en dosant épure et sophistication, tandis que Readymade empoigne «Bonnie & Clyde» par le bon bout.

Même son de cloche pour les Français (Bob Sinclar, Faze Action, Dax Riders ou l'excellent Snooze), qui parviennent quasiment tous à s'approprier de façon probante les mille et une trouvailles qui dorment dans ce répertoire, même si c'est souvent au prix de quelques facilités typiques de la French touch. Un réjouissant petit jeu de repiquage, qui ne semble par ailleurs plus guère connaître de frontières. Après l'hommage japonais de 1995, voilà en effet que les Autrichiens se mettent également sur les rangs avec la présence sur I Love Serge du duo viennois Dzihan & Kamien pour un remix incontestable de l'éternel «Je t'aime moi non plus»… Gainsbourg est mort, vive Gainsbourg!

Serge Gainsbourg: Pop Sessions (Mercury/Universal), I love Serge: Gainsbourg electronica (Mercury/Universal)