Deux étoiles pour illuminer Gstaad

Festival Le ténor Jonas Kaufmann et le pianiste Daniil Trifonov sont en concert ce week-end

Jonas Kaufmann et Daniil Trifonov ont une chose en commun: ils portent tous deux la barbe depuis plusieurs mois. Le concert du ténor allemand, ce soir au Gstaad Menuhin Festival, est naturellement complet. Il reste encore quelques places pour le 4e Concerto de Rachmaninov, joué par le pianiste russe samedi soir avec Neeme Järvi et le Gstaad Festival Orchestra, et son récital avec les Douze Etudes d’exécution transcendante de Liszt, dimanche à l’église de Saanen.

Fait amusant: Jonas Kaufmann a étudié le piano pendant une quinzaine d’années avant de se consacrer fermement à la voix. C’est pourquoi il peut s’accompagner lui-même lorsqu’il chante du lied. Mais l’opéra a toujours fait partie de la maison, en particulier du côté de son grand-père, lequel chantait en jouant des réductions d’opéras de Wagner au piano. «Bien qu’il possédât une voix de ténor, il interprétait tous les rôles, même les personnages féminins en falsetto», raconte le ténor dans une interview au magazine Classica.

Né à Munich, Jonas Kaufmann a chanté dans des chorales pendant son adolescence, mais son cheminement avec la voix fut laborieux. L’une des difficultés qu’il a rencontrées, c’est qu’on l’a incité à devenir un ténor typiquement allemand. «J’essayais de manipuler ma voix pour avoir le timbre léger et blanc d’un Peter Schreier, or, ce n’était pas moi», déclarait-il au Temps, en 2008. Il a fallu qu’il reçoive les conseils d’un baryton américain à New York, Michael Rhodes, pour qu’il revoie sa technique et trouve sa véritable couleur de voix, barytonale, tout en étant capable, à l’autre extrémité, d’aigus forte éclatants.

Doté d’un physique de héros romantique, Jonas Kaufmann est rapidement devenu le ténor «numéro un» de sa génération. Qu’il chante le répertoire allemand, italien ou français, il est très apprécié pour ses qualités de comédien et son ardeur sur scène. Il n’hésite pas à révéler les fragilités des personnages, comme dans le tout récent Fidelio à Salzbourg (LT du 17.08.2015). Son nouvel album Puccini, Nessun dorma chez Sony, est sûr de faire un carton.

A 24 ans, Daniil Trifonov a déjà trouvé son public. Il vient de réunir en un disque divers cycles de Variations de Rachmaninov (avec Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre de Philadelphie, à paraître chez Deutsche Grammophon). On lui a reproché d’être trop exacerbé et maniéré, ce qui est le cas parfois, mais cette passion s’allie à une profonde connaissance des partitions. Derrière le flot de notes, la pensée est lumineuse, comme récemment au Verbier Festival dans les Douze Etudes d’exécution transcendante de Liszt.

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