Quoi de commun entre les romans de Lydie Salvayre et de Bernard Comment? Pas grand-chose, hormis le genre littéraire choisi par eux pour dénoncer quelques errements de notre temps. Au pesant modèle du réalisme social, ils ont préféré le mode plus libre de la fable, proche chez l'un du fantastique (Le Colloque des bustes), chez l'autre de l'utopie satirique (Les Belles Ames). A chaque fois, le point de départ paraît à la fois outrancier mais pas si éloigné que ça de la réalité, qu'il s'agisse des collectionneurs d'art propriétaires de ces hommes-troncs inventés par Bernard Comment, ou de l'agence de voyages organisatrice de visites guidées chez les plus démunis des banlieues européennes imaginée par Lydie Salvayre.

Tout l'art des deux romanciers consiste à rendre plausible ce point de vue désaxé, ce regard décalé porté sur la réalité contemporaine du marché de l'art ou de la misère urbaine. Cela en recourant, non sans jubilation, à tout l'arsenal tactique de la satire: de l'ironie au sarcasme, de la cocasserie à l'humour noir, du burlesque au cynisme.