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Pendant trois jours, les géantes ont enchanté Genève.
© MARTIAL TREZZINI / Keystone

Parade

Deux géantes mettent Genève à leurs pieds

Conçue par la compagnie française Royal de Luxe, «La Saga des géants» a attiré 850 000 spectateurs pendant trois jours. Morceaux choisis d’une féerie triomphale

Sur le lac, le sourire mélancolique de la Petite Géante. Elle s’éloigne dans ses habits de songe, belle aux cieux dormants, soustraite au Jet d’eau par les ondines – un bain de brume dans la mise en scène de Jean-Luc Courcoult, ce flibustier orageux qui tient le timon de la compagnie Royale de Luxe. A trois encablures, la Grand-Mère Géante a baissé pavillon elle aussi, gisant dans un lit qui est un catafalque. Il est 17h50 ce dimanche à Genève et les deux visiteuses les plus adulées du siècle s’éclipsent sur les eaux, tandis qu’un air funèbre s’échappe des enceintes.

Lire aussi notre grand format: Genève à pas de géantes

Une ville captive

C’est la révérence des géantes, leurs adieux de diva énigmatique à cette Genève qui, le temps d’un week-end, a basculé avec elles dans la cinquième dimension, celle du conte. Elles s’éloignent donc et vous vous retournez vers la rive, vers le quai et ses palaces à l’ancienne, vers le pont du Mont-Blanc au loin, et vous êtes sidéré par la foule, des centaines de milliers de pupilles tourneboulées, dilatées par le plaisir, embuées pour beaucoup, déjà, brillant d’un feu pâle comme le ciel à l’instant.

Les chiffres tombent: le bilan des organisateurs – le Théâtre de Carouge notamment et son directeur Jean Liermier – est un communiqué de victoire: 850 000 spectateurs – selon la police et son chef, le major Puhl – ont suivi la parade, depuis le premier pas de lune, vendredi matin, de la Petite Géante à Carouge, jusqu’à ce crépuscule dominical sur le rivage, son air de «Mort à Venise».

Mille et une discussions

Mais un bilan, ce sont des visages. Celui de Sami Kanaan, le ministre municipal de la Culture, arbore un air réjoui de yachtman après une régate gagnée. Celui de Jean Liermier affiche, lui, une maigreur de coureur éthiopien, creusé par le raid qu’il vient d’accomplir, trois jours et trois nuits à veiller avec ses équipes à la moindre virgule de la procession.

Un bilan, ce sont aussi ces mille et une discussions surprises dans les bus ou sur les places. Cet homme qui lance à un voisin: «Cette «Saga des géants», c’est un événement populaire, un vrai, sans les marchands de saucisses.» Car tel est l’esprit de Royal de Luxe, cette troupe qui voit le jour en 1979: transformer chaque spectateur en conteur en puissance, sans céder au mercantilisme.

Fibre ancienne

Les romanciers du dimanche n’oublieront pas la procession du matin sur la plaine de Plainpalais. Les cloches qui tonnent à dix heures, les pèlerins qui affluent en masse, près de 10 000 impatients en quête de révélation. La Grand-Mère Géante sous son plaid, la Petite Géante dans sa nuisette, s’arrachent à ce sacripant de Morphée. Leur lever est une délivrance. La liturgie carnavalesque qui suit touche une fibre ancienne: un besoin d’enchantement jamais rassasié.

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