«Fondamentalement, les portraits pourraient être divisés en trois catégories: ceux qui aident le spectateur à mieux connaître la personne représentée, ceux dans lesquels le spectateur peut «voir» l’essence même du photographe et ceux dans lesquels l’individu représenté et le photographe sont «visibles», ce dernier type étant de loin le plus précieux», souligne Maria Garcia Yelo en évoquant le travail de Laura Pannack. La directrice de PhotoEspana a été choisie cette année pour nominer les candidats au 22e prix HSBC. Parmi ses dix poulains, la Britannique Laura Pannack, donc, et la Française Mélanie Wenger ont été primées ce mardi soir. Elles concouraient avec Weronicka Gesicka, actuellement exposée à Circulation(s), Anna Filipova ou Richard John Seymour.

Toutes deux présentent un travail de portraits extrêmement sensible, aux limites du réel. Avec «Youth Without Age, Life Without Death», Laura Pannack, 31 ans, propose une immersion dans un monde à la matérialité ambiguë, une Roumanie faite de vrais gens, de fausses poses et de décors parfois imaginaires. L’impression d’un temps suspendu et d’une fragilité extrême draine une poésie nostalgique. La série a déjà été récompensée du prix Getty Prestige Fine Art en octobre dernier et du prix Lens Culture.

Mélanie Wenger, elle, photographie depuis le printemps 2014 une vieille dame nommée Marie-Claude. «Tu viens voir mes poupées?», lui avait lancé l’aïeule en la croisant sur un chemin des Monts d’Arrée, en Bretagne. Là, la jeune Française installée en Belgique a découvert un univers. Une maison de bric et de broc, envahie de fillettes en plastic et peut-être en porcelaine, une maison dans laquelle on écoute des cassettes et l’on sert le café dans des verres. Marie-Laure offre ses sourires, ses doigts noirs et son intimité de misère à l’objectif. Mélanie Wenger n’y montre que de la beauté. Représentée par l’agence Cosmos, la presque trentenaire a également travaillé sur la migration libyenne et le braconnage en Afrique.

Les lauréates bénéficieront d’une première monographie chez Actes Sud et d’une aide à la production durant cette année de promotion. Une exposition itinérante de leurs œuvres sera organisée et HSBC France achètera six de leurs photographies pour sa collection. Ce prix constitue généralement une rampe de lancement pour un début de carrière. Les Suisses Mattieu Gafsou ou Delphine Burtin en ont bénéficié ces dernières années.