Tourné en allemand, Le Dernier Refuge, de Pierre Koralnik commence sur des images d'Ida Fink, une vieille dame vivant aujourd'hui à Tel-Aviv. «Ce que je raconte est la vérité. C'est une vérité personnelle qui n'appartient qu'à moi. Mais tout ce qui est dit et montré, je l'ai vécu.» Après ce préambule, la fiction peut commencer. Nous sommes en juillet 1941, dans une petite ville de Pologne. Des fumées noires annoncent le début de l'Holocauste. Pour échapper à la déportation, et sur les conseils de leur père, Eva et Irene se portent candidates au travail volontaire en Allemagne, sous de fausses identités. Ce sera d'abord l'usine avec son cortège de brimades et d'humiliations, puis l'évasion, ensuite le travail à la ferme, une nouvelle fois l'évasion, puis le miracle final. Pierre Koralnik offre à ses deux héroïnes malmenées pendant 85 minutes un happy-end grandiose et réparateur. On peine à y croire, mais comme les faits ont été rapportés par leurs survivantes….

Un mélodrame populaire

A l'exemple des fictions du marquis de Sade qui ne se départissent jamais de leur joliesse même dans les pires situations, le cinéaste suisse insiste avec une certaine complaisance sur l'innocence bafouée des deux jeunes filles, victimes de la méchanceté et de la cruauté de leurs ennemis omniprésents. Et même si Le Dernier Refuge met le doigt sur une réalité mal connue – le travail volontaire en Allemagne – et qu'il relate le chemin de croix de deux jeunes juives pendant la guerre, le film ressemble plus à un mélodrame populaire sur fond d'Holocauste qu'à un témoignage singulier. Le film aurait pu tout aussi bien se dérouler sous la Terreur ou les goulags soviétiques puisque seules comptent l'identification aux héroïnes et l'adhésion à leur vertu. C'est suffisant pour un film d'aventures, beaucoup trop ténu pour prétendre ajouter un chapitre à l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale.

Le dernier Refuge, de Pierre Koralnik, au CAC Voltaire de Genève jusqu'à la fin février.