Deux Kassovitz s’annulent

Drame Les auteurs du «Prénom» déçoivent avec «Un Illustre Inconnu», film poussiéreux

Jouer un double rôle dans un film est le rêve de tout comédien. On comprend donc que Mathieu Kassovitz ait accepté de jouer Un Illustre Inconnu, étude de cas d’un homme-caméléon contraint d’imiter les autres pour se sentir vraiment en vie. Par contre, on comprend déjà moins les cinéastes qui ont choisi un acteur aussi reconnaissable pour incarner un supposé as du déguisement. Censément intrigant, leur film ne se relève pas de ce défaut de conception qui en annonce d’autres.

Plus théorique que crédible

Terne agent immobilier, le quadragénaire Sébastien Nicolas a toujours rêvé d’être quelqu’un d’autre. Au lieu de rêver d’une vie meilleure, ce solitaire copie celle des autres. Il file, observe, imite puis s’enferme dans sa cave pour créer un déguisement parfait. Mais le jour où il rencontre un vieux musicien qui n’est plus que l’ombre de lui-même, usurper son identité lui fait franchir une limite a priori interdite…

Après leur «carton» du Prénom (qui les voyait porter à l’écran leur pièce), le tandem de scénaristes Matthieu Delaporte - Alexandre de La Patellière tente un pari plus difficile avec cette sorte de «thriller existentialiste». Déjà mal emmanché dans sa première partie, plus ennuyeuse que mystérieuse, leur cas trop théorique n’emballe guère plus dans la seconde, qui confronte Kassovitz à lui-même.

Tous les clins d’œil à Romain Gary ou B. Traven ne rendront pas plus malin un film qui prend les chiens pour des imbéciles. Même la lumineuse Marie-Josée Croze, en ex-compagne du grand artiste, n’y peut rien. Jusqu’à une improbable rédemption, le film paraît surtout renouer avec la sinistre «qualité française» de jadis.

V Un Illustre Inconnu , de Matthieu Delaporte (France, 2014), avec Mathieu Kassovitz, Marie-Josée Croze, Olivier Rabourdin, Siobhan Finneran, Eric Caravaca, Sophie Cattani, Philippe Duclos. 1h58.