Mi-septembre, Damien Hirst mettait plus de 200 de ses œuvres à l'encan chez Sotheby's, à Londres, une vente qui suscitait l'inquiétude des professionnels de l'art. C'était la première fois qu'un artiste court-circuitait ainsi le système de galerie. Et, la crise financière semblant se précipiter, les acteurs du marché craignaient un échec. Ce fut un triomphe. Et donc un soulagement. Le marché de l'art résistait alors aux secousses de l'économie et aux prévisions les plus alarmistes.

Un mois plus tard, la situation a changé. La crise financière s'est aggravée malgré les mesures prises par les Etats qui sont allés au secours des banques, notamment chez nous, d'UBS, sponsor et acteur important du marché de l'art (la banque est le partenaire principal d'Art Basel jusqu'à nouvel ordre). Ce marché va passer plusieurs tests décisifs dans les semaines qui viennent.

Mardi dernier, Frieze, la sémillante foire d'art contemporain londonienne, a commencé dans l'ambiance de fête habituelle. Mais, si l'on en croit les journaux anglais, et malgré le communiqué optimiste de ses organisateurs, la suite n'a pas été aussi fulgurante que les années précédentes. L'Observer et le Financial Time font état, avec la prudence qui s'impose dans un secteur où la transparence n'est pas totale, d'un refroidissement de l'atmosphère. Les ventes aux enchères d'art contemporain qui ont eu lieu samedi, dimanche et lundi à Londres chez Philips de Pury et Company, Christie's et Sotheby's donnent une image plus précise de la situation: lots adjugés autour de l'estimation basse même pour des artistes habitués aux records, proportion importante de lots invendus... Ce n'est pas encore la chute, mais l'inflexion est manifeste par rapport à la période antérieure de hausse continue.

La Fiac apparaît comme un troisième test, d'autant qu'elle n'est plus confinée au marché intérieur. Le poids des galeries étrangères, l'ouverture internationale des galeries françaises, l'effort réalisé pour faire venir les collectionneurs du monde entier, placent désormais la Fiac, avec Frieze, immédiatement après Art Basel et Art Basel Miami. Avant son ouverture au public, la Fiac était dans l'expectative. D'abord par le choix: moins d'œuvres tapageuses, moins de très grands formats et de noms ronflants, mais une qualité remarquable susceptible de convaincre les audacieux malgré la situation économique. Ensuite par le comportement des acteurs du monde de l'art: conversations à voix basse sur les soubresauts de la finance, conversations à voix haute sur les espoirs raisonnables de voir le marché de l'art résister.

L'optimisme modeste est de rigueur. Jusqu'aux prochains tests qui ne vont pas tarder. Les grandes ventes aux enchères d'art moderne et contemporain chez Christie's et Sotheby's en novembre. Et en décembre, la petite fille d'Art Basel aux Etats-Unis, Art Basel Miami Beach.