Dans la constellation musicale austro-allemande du début de siècle, une profusion de noms: Gustav Mahler, Arnold Schönberg, Franz Schreker, Erich Korngold, qui verront leur musique interdite à l'arrivée de Hitler au pouvoir. Et au croisement de tant de directions musicales, Alexander Zemlinsky l'expressionniste. Il n'est pas loin du post-romantisme d'un Mahler, voit l'émergence de l'atonalisme de Schönberg, dont il s'approche sans jamais y adhérer, laisse infuser l'impressionnisme de Debussy et Ravel, et décanter les élans wagnériens. Toutes choses qui s'entrevoient dans les deux œuvres présentées conjointement à Genève, redécouvertes depuis une vingtaine d'années, comme une bonne part de ce qui fut décrété «entartete Musik» (musique dégénérée).

Le Nain et Une Tragédie florentine: deux opéras en un acte, basés sur deux textes d'Oscar Wilde. Pour sujets communs: la méprise, l'erreur de jugement, l'ironie et la cruauté. Créé à Cologne en 1922, Le Nain se veut «une tragédie de l'homme laid». L'Infante d'Espagne reçoit pour ses 18 ans un nain, qui l'amuse par ses chansons tristes et ses manières chevaleresques. Amoureux de l'Infante qui en fait son jouet, il finit par se reconnaître dans un miroir et meurt dans un cri de douleur. Parabole

expressionniste et freudienne d'une prise de conscience qui tue.

Autre étude de la cruauté dans Une Tragédie florentine (1917), qui dénote la fascination exercée par la Renaissance italienne sur les contemporains de Zemlinsky. Celui-ci y plante le décor d'un triangle amoureux classique: le mari, la femme et l'amant, dans une scène unique qui balance entre le badinage et l'horreur. Cinquante minutes qui font défiler les lieux communs de l'opéra traditionnel (adultère, duo d'amour, scène de duel, etc.) pendant que le mari prépare, tout d'amabilité commerçante, sa vengeance meurtrière.

Le Nain et Une Tragédie florentine, d'Alexander Zemlinsky au Grand Théâtre de Genève, place Neuve, direction d'Armin Jordan, mise en scène de Pierre Strosser. Les 11, 13, 15, 18, 21 et 23 novembre à 20 h. Loc. 022/418 31 30. Conférence de présentation par Alain Perroux à 18 h 45. Exposition «Alexander Zemlinsky» usqu'au 23 novembre au Grand Théâtre.