Classique

Deux premiers prix au Concours de Genève

S’ils étaient quarante concurrents au départ, le jury du Concours de Genève a décerné un premier prix ex aequo à un Français et à un Russe dans la section piano jeudi soir. Aucun 2e prix n’a été attribué. Le 3e prix a été remis à un pianiste thaïlandais

Il est arrivé que le Concours de Genève ne décerne pas de premier prix lors d’une finale avec piano. Jeudi soir, ce fut tout le contraire. Le jury de la 73e édition a décerné deux premiers prix très mérités, l’un au Russe Dmitry Shishkin, 26 ans, l’autre au Français Théo Fouchenneret, 24 ans. San Jittakarn, pianiste thaïlandais de 26 ans, remporte un 3e prix. Une finale très applaudie au Victoria Hall, avec l’OSR placé sous la direction du chef canadien Peter Oundjian.

Lire aussi: Le Concours de Genève marie le piano à la clarinette

«Un niveau fantastique»

Le président du jury, l’Espagnol Joaquin Achucarro, 86 ans, s’est dit impressionné. «Le niveau de ce concours était fantastique. Chacun de nous, membres du jury, a entendu jouer du piano épouvantablement bien!» a-t-il ironisé. «Le niveau moyen de technicité au piano monte régulièrement, confirme sa collègue Hortense Cartier-Bresson (par ailleurs professeure de Théo Fouchenneret). On demande de plus en plus aux pianistes de savoir tout faire.» De fait, les épreuves éliminatoires comprenaient un large éventail de répertoire, de Bach à la musique d’aujourd’hui. Il s’agissait de jouer non seulement en solo, mais aussi de la musique de chambre, jusqu’à un concerto.

Une sélection à partir de 248 pianistes

Cédric Pescia, professeur à la HEM de Genève, membre du jury, a suivi tout le processus de sélection depuis le début. Sur les 248 pianistes inscrits, le jury de présélection a choisi 48 pianistes, dont 41 se sont présentés aux tours éliminatoires. Bilan des écoutes sur enregistrement vidéo? «Je constate non seulement la peur de monter sur scène, mais aussi une sorte de frilosité à être vraiment personnel et expressif, comme si, pour beaucoup de participants, la chose la plus importante était de ne pas faire de fautes ou de ne pas prendre de risques stylistiquement. Les exceptions sont d’autant plus remarquables.»

Trois concertos au chiffre 3

Dans les coulisses du Victoria Hall, jeudi soir, on pouvait entendre les trois finalistes se chauffer dans leurs loges. Etrange coïncidence: chacun avait choisi un concerto comprenant le chiffre 3. San Jittakarn a fait preuve d’un beau délié et d’une fine sensibilité dans le Concerto No 3 de Beethoven, mais son jeu a manqué d’aplomb et de personnalité. Le Russe Dmitry Shishkin possède une technique d’une précision clinique, quoiqu’il joue avec une grande souplesse. Penché sur son clavier un peu à la manière du jeune Glenn Gould, il a livré une interprétation électrisante – tout en jouant avec une sorte de sang-froid très singulier – du magnifique 3e Concerto de Prokofiev. Enthousiaste, le public du Victoria Hall lui a décerné le Prix du public.

Jouant avec un peu plus de chaleur, limpide, naturel, le Français Théo Fouchenneret a lui aussi emballé les auditeurs dans un très poétique 3e Concerto de Bartók. Et dire que chacun des finalistes interprétait son concerto pour la première fois avec orchestre! Peter Oundjian et l’OSR semblaient eux-mêmes bien impliqués dans ces interprétations, alors qu’une finale de concours peut être un pensum pour eux. Après le piano, ce sera la clarinette, mercredi prochain; une finale au BFM de Genève que l’on espère tout aussi fructueuse et révélatrice de talents.


Concours de Genève, jusqu’au 14 novembre. www.concoursgeneve.ch

Publicité