Concerts

Deux soirs 100% batteries

A Genève, un mini-festival Batteries promet une écoute augmentée du rythme

Deux bras, deux jambes, une tête et une escadrille d’articulations (phalanges, carpes, métacarpes, atlas et axis): la batterie est l’instrument de ceux qui savent se désaxer en conservant une pulsation. Mais elle n’est pas qu’une machine à rythmes; apprenez à tendre les peaux des caisses, à caresser l’horizontalité des cymbales, à détourner la bête de sa fonction première, et vous découvrirez des pouvoirs rares.

Le collectif de percussion Eklekto, fondé à Genève en 1974, s’emploie depuis sa création à faire vivre ces autres dimensions du son percussif – pulsatile et mélodique. Une longue histoire, qui trouvera un pic supplémentaire les 14 et 15 décembre prochains avec deux soirées, réparties entre la Cave 12 et l’Alhambra, et réunies sous l’appellatif Batteries!.

Au vu du menu, on comprend l’excitation graphique: lundi 14 à la Cave 12, les sociétaires d’Eklekto exécuteront «Cinq chansons pour percussion», de Claude Vivier – légende montréalaise, trop tôt disparue, d’une expérimentation rythmique entre autres nourrie de l’art du gamelan balinais. La prestation sera suivie d’une performance de Will Guthrie: bien au-delà de toute virtuosité sportive, ce percussionniste australien (qui s’est entre autres illustré aux côtés de son compatriote Oren Ambarchi, grand maître de la guitare aventureuse) promet une session toute en entrelacements de rythmes calibrés au microscope – où l’on entendra de quelle manière cette fracturation est lourde de propos mélodiques.

Le lendemain à l’Alhambra, le festival prendra des airs plus telluriques avec une interprétation d’Ilimaq, de John Luther Adams – ici donnée pour quatre batteries. Puis viendra le tour d’Andrea Belfi: peut-être le haut point de ces deux soirées, tant cet improvisateur italien parvient à pousser son instrument au-delà de ce que l’on est en droit d’attendre de lui. Ecoutez son «Natura Morta» (sorti chez Miasmah en 2014), et vous ne comprendrez pas comment le fait de taper sur des peaux permet de générer une forme aussi belle d’ambient propulsif.

«Batteries!». Lu 14 et ma 15 décembre. Cave 12 (Rue de la prairie 4), et Alhambra (rue de la Rôtisserie 10), Genève. www.eklekto.ch

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