Dès ce week-end, la deuxième édition du Christmas Tree Festival invite à une balade originale, à la découverte des seize œuvres destinées à valoriser l'exceptionnel patrimoine que représentent les arbres à Genève. Vendredi, lors de la conférence de presse de présentation, Jean-Claude Deschamps, directeur artistique, avait la voix cassée par la fatigue et l'émotion. C'est que le montage des œuvres n'a pas été sans mal, sous les fortes pluies de novembre.

Mais, après une dernière nuit d'effort, Jean-Claude Deschamp paraissait heureux: «La plupart des arbres sont plus beaux que dans mes rêves», estimait-il. Et il est vrai qu'au premier coup d'œil cette édition donne une meilleure impression générale que l'an dernier. Il faut dire que, même si 23 artistes ont été contactés au départ, le même budget qu'en 2001 – soit environ un million de francs – s'est finalement vu partagé en 16 projets, contre 21 l'an dernier. «Nous avons voulu donner plus de moyens et plus d'attention à chaque site», a expliqué Laurent Essig, le concepteur du festival.

La conférence de presse était donnée au Jardin anglais, où brille depuis un mois déjà Le Passage des nomadoptères, nuées d'insectes lumineux et musicaux inventés par le groupe lausannois Zosime. Si ce projet a fait l'objet d'un mini-concours parmi des participants de 2001, tous les autres portent des signatures inédites. De belles signatures, comme celle de Christian Marclay. Le musicien et plasticien suisse de New York a truffé le grand érable de la place Saint-Gervais de dizaines de carillons que le vent agite selon son humeur. Ces deux propositions sont significatives d'un festival qui demande à être apprécié à pied, parce qu'il donne à entendre, et non seulement à voir. C'est le cas aussi de la Danse nuptiale des lucioles menée un mois durant sur les micocouliers de la Corraterie et qui devrait produire le bruit sourd d'un fleuve…

A découvrir aussi de près, à vivre même, l'univers orangé créé par les architectes paysagistes genevois d'Oxalis sur la place de l'Université, ou encore les nids et gros oiseaux colorés installés dans les platanes du square Pierre-Fatio par les Bâlois Jacqueline et Christoph Knöll. D'autres œuvres, qu'il faudra aussi approcher de plus près, prennent déjà toute leur dimension dans la distance. Elles sont littéralement conçues pour habiller le paysage, comme le Pont de lumière du sculpteur de lumière Keiichi Tahara. Ce Japonais de Paris a choisi de projeter des arcs-en-ciel sur les arbres de l'île Rousseau. L'œuvre se verra donc de loin. Tout comme les 88 bambous de 12 mètres, ponctués de 1584 lampes, qui prolongent les branches des quatre platanes de la jetée des Pâquis, selon le projet Electrique inflorescence de l'éclairagiste lyonnais Laurent Fachard.

Le symbolisme de Noël a directement inspiré House in a tree, une maison dessinée en trois dimensions par des néons blancs dans un arbre du boulevard des Philosophes. «Marie et Joseph ne se seraient guère trouvés en sécurité ici car cette maison n'offre aucune protection matérielle, elle réalise juste un rêve d'enfant. Elle est métaphorique et, en même temps, elle symbolise la protection d'un espace spirituel pour un (des) rêve(s) éveillé(s)», écrivent ses auteurs, les Bernois Susi Wyss-Berger et Ueli Berger. Emotion encore avec Déflagration, de l'agence genevoise MarGE. Ce jeu de lumière sur les ifs de la Rotonde du Mont-Blanc s'accompagne d'un enregistrement: «Chaque année, 4566 enfants reçoivent en cadeau de Noël une mine antipersonnel…» répète inlassablement une voix.

C'est dire que le festival des arbres en lumière n'est pas un concours de décoration. Jean-Claude Deschamps le défend comme un véritable événement d'art contemporain. Un art contemporain qui, plus encore que s'exposer dans la rue, choisit le paysage urbain comme matériau. Bien sûr, il y aura des déceptions. Certains esthétismes sont un peu difficiles à partager, quelques projets devaient paraître plus alléchants sur le papier. Mais globalement, le Christmas Tree Festival glisse de la lumière dans l'hiver genevois.

Pour Manuel Tornare, conseiller administratif en charge notamment des espaces verts, cet événement est un élément de la politique de valorisation lumineuse de la Ville qu'il souhaite mettre en place. Inscrit au budget pour quelque 250 000 francs, sans compter les nombreuses heures de travail du personnel de la Ville, notamment de ses jardiniers, il est en fait organisé par une fondation. Ainsi, sur un budget d'un peu plus de un million de francs, 80% sont assurés par des privés (dont de nombreuses banques) qui choisissent de sponsoriser un projet artistique.

Programme complet sur http://www.christmastreefestival.com. Dépliants disponibles notamment à l'Arcade municipale du pont de la Machine.