Le parvis de la Cathédrale et les abords de la Cité lausannoise croulent sous la foule, malgré la chaleur. La bière coule à flot. De-ci de-là, les badauds s'arrêtent comme il leur chante devant le spectacle qui s'est approprié la rue. Comme chaque année, le cœur du Festival de la Cité bat à tout rompre. Mais il faut aller un peu plus loin, sur un chemin de verdure, pour rejoindre le Pré des Druides, dont le nom magique abrite pour quelques soirées les pas qui dansent.

Moments facétieux

Ainsi, la compagnie Demain on change de nom, composée de deux femmes et deux hommes, esquisse un étrange pas de quatre. Sur le mode de l'absurde, les danseurs-acteurs proposent de très facétieux moments, comme celui où l'un des acteurs, par manipulation sur le corps de son comparse, entraîne une cascade de gestes qui rebondissent jusqu'à la position évidemment cocasse du quidam qui s'administre son propre poing dans la figure. Le jeu des femmes est moins clair, moins abouti, tandis qu'il démarre avec une très forte densité. Ce Carré contient un matériau prometteur. Quant à Transport en commun, de la Composite Cie, ses clichés mélos enlisent un propos trop ambitieux qui voudrait à la fois traiter la répétition du geste quotidien et, en marge, les fantasmes qui s'en détachent.

Avec plus de bonheur, le public a pu revoir la très belle pièce Emlék de Fabienne Berger. Sur une composition de musiques slaves signée Jean-Philippe Héritier, ambiance fin de soirée, Fabienne Berger nous entraîne dans une aventure sinueuse vers la mémoire douloureusement amputée de la Hongrie, dont elle est originaire. Elle introduit des ruptures dans le mouvement comme autant de cassures, grains de sable qui viennent enrayer le rouage d'une séquence gestuelle. Puis le mouvement reprend, énergique, nourri de ses ombres. La danse s'incarne alors dans ce petit pivot du corps, d'un quart de tour, oscillant entre le retour sur soi et la marche en avant, témoin d'un passé oblitéré et de l'avenir qui attend.

Le spectateur pourra, ces prochaines soirées, au fil de ses déambulations nocturnes en la Cité, suivre La tentation du français Jean Gaudin, qui traite de la tyrannie et de ses parades, la jeune compagnie L'A.M., dans un trio Et si… très doux et sensuel, les compagnies italiennes Excursus et Association Sosta Palmizzi. La troupe Linga présentera Ri. cer.ca.re et Partita, tandis que Philippe Saire hante la place Nord de la Cathédrale durant tout le festival avec Vie et mœurs du caméléon nocturne.

Enfin la compagnie Drift de Zurich propose une pièce plus proche du théâtre muet avec Un homme et une femme d'après Monsieur M., tandis que la compagnie Da Motus!, avec En dilatant les traces, viendra jouer les lutins de la place. Un bal à Marcel où tout un chacun sera convié à apprendre quelques pas de danse, sur l'initiative de Philippe Saire, viendra clore ces festivités estivales.

Festival de la Cité jusqu'au 10 juillet, à Lausanne, entrée libre,

tél. 021/ 311 03 82.