Cannes, un certain regard

Tu deviendras un fou de Dieu, mon fils

«Les Chevaux de Dieu» de Nabil Ayouch retrace l’endoctrinement islamiste de jeunes Marocains

De la même manière que Nousry Nasrallah, dans Après la Révolution, dévoile les problèmes complexes qu’engendre le Printemps arabe en Egypte, dont aucun reportage télévisuel n’a jamais pu rendre compte, Nabil Ayouch démonte dans Les Chevaux de Dieu les mécanismes qui peuvent mener de jeunes Marocains du bidonville au djihad. Yachine, 10 ans, rêve de devenir footballeur. Il joue avec ses amis sur un terrain caillouteux du bidonville de Sidi Moumem, à Casablanca. Son père est dépressif, son grand frère simple d’esprit. Sa mère mène la barque tant bien que mal. Et son frère Hamid, 13 ans, est déjà un petit caïd qui joue de la chaîne à vélo pour se faire respecter des autres et conclut ses premiers deals de hasch.

Arrêté, il passe deux ans en prison. Il ressort métamorphosé. Il a trouvé Dieu. Il présente Yachine et ses amis à son chef spirituel, l’imam Abou Zoubeir. Les jeunes gens qui ont le choix entre la misère et l’illégalité sont forcément attirés par cet homme aux promesses apaisantes dont la table est bien servie.

Le film est sans doute trop bref pour faire pleinement comprendre les degrés de l’endoctrinement, l’évolution psychologique qui transforme des gosses frustes en fous de Dieu prêts à mourir pour la cause. Il a le mérite de ne pas dépeindre les imams en obscurantistes vociférants, mais en manipulateurs au verbe puissant, persuadés d’œuvrer pour le bien.

Après un entraînement physique et moral, Yachine et ses amis font leur cette devise selon laquelle «Les chevaux de Dieu portent la vérité jusqu’au jour de la résurrection». Ils ceignent les ceintures d’explosifs et rallient l’objectif qui leur a été fixé: un club espagnol. Etrange contact de deux spiritualités, le duende extatique de la danseuse de flamenco et la détermination meurtrière des paumés prêts à goûter les délices que vont leur prodiguer 70 vierges.

Librement interprété des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca, ce film d’une qualité honorable a l’intelligence de rappeler que l’éradication de la violence passe par le verbe et non par les armes. Yachine et Hamid sont joués par deux frères, Abdelhakim et Abdelilah Rachid, sortis des bidonvilles. Sur la scène de la salle Debussy, ils rayonnaient.

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