Scènes

Mais diable qui donc est-on?

Au CPO, à Ouchy, le Collectif Comédie Drôle trousse une saga identitaire qui donne le tournis. Hilarant et troublant en même temps

C’est un manège. Un manège plutôt enchanté et hilarant, mais aussi, par moments, acide et grinçant. Celle qu’on croyait connaître, enfilade de duos qui tournent autour de la mort mystérieuse de Madeleine, donne le vertige identitaire. «Qui donc est-on?» se questionne-t-on quand on sort de ce tourbillon. Origines géographiques, positions sociales, hiérarchies professionnelles et liens familiaux sont autant d’éléments qui, dit le trio, façonnent notre être profond. Au CPO d’Ouchy, à Lausanne, Adrien Barazzone, Christian Geffroy Schlittler et Mélanie Foulon troussent une brillante comédie qui fait tousser.

Sur scène, trois micros devant et, au fond, un piano. Plus, contre le mur nu, un gros paquet bien emballé dont on mesurera l’importance après. Deux par deux, les comédiens costumés et emperruqués incarnent les personnages d’une saga qui tente d’expliquer la mort de Madeleine, sertisseuse dans la soixantaine. Il y a Claude et Claudine, un frère perché et une sœur stressée. Il y a Vincent, le cousin normand qui compose d’entrée un couple fascinant avec Graziella, perche hypotonique, chargée des ressources humaines.

Le geai et les jets

Il y a Carine Rochat, un poème: parfaite ménagère issue des années 1950, amoureuse des geais de son jardin plus, si entente, du jardinier et ses jets. Il y a aussi Fabrice Rochat, le patron de Boucle d’or, l’entreprise de sertissage, insomniaque depuis qu’il a licencié Madeleine. Qui d’autre encore? Attilio, l’homme de ménage italien, qui tente de mettre un peu d’ordre dans ce défilé d’hallucinés, tandis que Manu, infirmière des soins palliatifs, y amène un brin d’humanité. Mais il serait injuste d’oublier Gilles Gygax, le protagoniste le plus inquiétant. Ah, Gilles Gygax, eaux dormantes et tsunami en même temps!…

A la manière des Deschiens, les trois comédiens ne reculent devant aucun excès pour donner du relief à leurs personnages. Leurs compositions sont musclées, tout en ménageant des fragilités, de quoi susciter le vertige cité plus haut. D’autant que le jeu est truffé d’apartés vers le public pour démystifier toute tentation d’identification. Quel brio dans le jeu! Et quelle connivence dans le ton! Leurs tours de passe-passe sèment le rire et une parfaite confusion. A la fin, triomphe cette question: «Mais au fond qui donc est-on?»


Celle qu’on croyait connaître, jusqu’au 22 avril, CPO-Ouchy.

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