Deux univers différents, et un pont entre eux. Pourquoi donc tendre des liens entre le festival de Verbier et celui des Diablerets? A part l’altitude qui accueille les deux manifestations, on peut se poser la question de ce qui saurait réunir le classique et la montagne. Pour Benoît Aymon, qui vient de reprendre les rênes du Festival international du film alpin des Diablerets (FIFAD) à l’occasion des 50 ans de sa création, les raisons ne manquent pas. En tête desquelles la rencontre de publics qui ne connaissent pas forcément l’autre monde proposé offre une magnifique occasion d’élargir les audiences. Mais l’explication passe aussi par le côté sonore, auquel l’ancien journaliste est très sensible. Donc, l’aspect musical…

«Une des qualités premières d’un film, outre l’histoire à raconter et la façon de le faire, ou la beauté visuelle et l’émotion soulevée, réside dans la bande-son. Or elle pêche souvent, car la musique sert souvent à cacher les défauts des films», explique le fondateur de la mythique émission Passe-moi les jumelles.

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La juste place

«La partie auditive est essentielle. Elle va de l’utilisation du silence à l’originalité du bruitage ou de la partie musicale qui accompagne l’image pour en renforcer la portée. Hitchcock l’avait bien compris. Chaplin dans ses films muets aussi. On pense encore à Shining ou aux Dents de la mer notamment, où la musique anime l’expressivité du discours cinématographique. Il faut juste que les notes occupent la juste place. Ni trop, ni trop peu, sans se mettre en avant. Elles doivent soutenir l’image, comme un commentaire.»

Le directeur de la RTS, Pascal Crittin, est un mélomane avisé, qui entretient avec la musique classique des rapports très étroits. Et la RTS est le partenaire principal du FIFAD, alors qu’Espace 2 est celui de Verbier. Lorsqu’il soumet l’idée d’un croisement entre les deux manifestations, Benoît Aymon l’accueille à bras ouverts.

Sortie des sentiers battus

Ce n’est pas la première fois que Les Diablerets sortent des sentiers battus. Un échange avec le festival Visions du Réel a déjà été lancé. Et des contacts avec Zermatt sont notamment aussi en cours. «Le mélange des genres représente une nouvelle façon de faire vivre les festivals. L’échange et le partage s’installent progressivement sous forme de cartes blanches. C’est une dynamique très enrichissante», précise Benoît Aymon.

En ce qui concerne la musique, elle constitue une autre forme d’aventure pour le journaliste alpiniste. «Cette année, nous allons présenter aux Diablerets un film de trente minutes sans aucun commentaire. Le percussionniste de Björk, Manu Delago, a composé une partition avec un petit orchestre qui part d’un village d’Autriche de 1600 mètres pour monter jusqu’à 3300. Ils font une véritable ascension. Le film s’appelle Parasol Pick et sera diffusé en surprise. Le Grand Prix de l’an passé, Mountain, est de son côté accompagné du début à la fin par l’Orchestre de chambre de Sydney.»

Une nouvelle grande première

Verbier, donc, sera une grande première. «C’est un honneur et une fierté d’être associé à ce rendez-vous musical essentiel en Suisse. Je pense qu’un festival doit pouvoir intéresser tout un chacun. Je me réfère souvent à une phrase du créateur de Temps présent, Claude Torracinta, qui disait: «On ne doit pas offrir au public ce qu’il aime, mais ce qu’il pourrait aimer.»

La musique classique, dans la vie de Benoît Aymon n’a pourtant pas été une activité acquise. Les plus hauts sommets lui auront été plus faciles à conquérir. «Le monde n’a pas perdu un grand violoniste! Je n’étais pas doué. Mais j’en veux un peu à ma professeure de l’époque, qui était trop perfectionniste pour comprendre que j’avais envie de jouer du violon comme le fait un enfant, de façon ludique et légère. C’était pourtant une demande de ma part. A 8 ans, en entendant le mouvement lent du Concerto de Beethoven, j’ai dit à mes parents: «Je veux faire ça!» Le père médecin et la mère de leurs onze enfants adorent le classique. Ils lui offrent le violon de ses rêves, et les cours.

Micro tremblant

«J’ai toujours baigné dans cet univers. Mes parents écoutaient beaucoup de classique. Plus tard, le jazz est entré dans ma vie à l’uni. Ma femme m’emmenait alors au New Morning de Genève où j’ai découvert des musiciens phénoménaux. Puis, comme journaliste stagiaire, j’ai fait l’interview de Yehudi Menuhin pour la radio romande. Je suis allé à Saanen où il jouait le Sextuor de Brahms. C’était extraordinaire. J’étais si impressionné que je suis arrivé une heure en avance pour assister à la répétition. J’avais mon micro qui tremblait tellement que Menuhin a fait les questions et les réponses en voyant mon trac. En plus d’un immense artiste, c’était vraiment un grand monsieur, d’une amabilité absolue.»

Que verra-t-on donc à Verbier? «Le festival valaisan a choisi Sur les îles du ciel, un film qui n’est pas particulièrement musical mais dont la bande-son est magnifique. Cette projection s’inscrit dans le cadre d’un week-end dédié à l’environnement, avec rencontres et conférence, sur le site de Verbier. Il s’agit d’un reportage sur des scientifiques qui font de la haute montagne pour aller chercher des plantes dans des endroits improbables, voire impossibles. Il y a un côté découverte et aventure très stimulant. Ce long métrage a été primé l’an passé aux Diablerets.»

Un début séduisant avant d’autres projets qui pourraient tourner aussi autour de la littérature, de la photographie, de la peinture ou d’autres formes d’art et d’expressions. Belles promesses, motivées par l’amour des arts et des sommets.


Verbier Festival, du 18 juillet au 3 août.

Festival international du film alpin des Diablerets, du 10 au 17 août.