Le Grand Prix Schiller, qui sera décerné à Giovanni Orelli le jeudi de l’Ascension à Soleure, est pour le juvénile octogénaire «un encouragement à continuer», la preuve qu’il n’est pas mort. En effet: ces prochains jours sort de presse un nouveau livre, des traductions, en patois du val Bedretto, de textes de Catulle, Virgile, Villon, Emily Dickinson. Un exercice qui n’est pas un hommage à ces génies, dit-il, mais une école de la langue, une tentative d’atteindre la «fulminante rapidité» avec laquelle ils expriment leur pensée. Giovanni Orelli a écrit, en italien et en dialecte, une œuvre abondante. Seuls les cinq titres ci-dessous sont traduits en français.

Parce que son premier livre, L’Année de l’avalanche (1965, disponible à L’Age d’Homme/Poche Suisse et… désormais en russe, au grand plaisir de l’auteur), se déroulait dans les montagnes, on l’a trop vite classé écrivain régionaliste, chantre de la nature primitive. Alors que sa prose est à la fois inventive et imprégnée de culture classique. Il a fallu 20 ans pour que ce livre, qui relate la défaite de la civilisation paysanne face au monde moderne, soit traduit en français. «On ne se connaît pas, on se côtoie», constatait alors Giovanni Orelli.

Le Train des Italiennes (Editions d’En Bas, 1998) relate, avec une ironie amère, les destinées des femmes qui viennent travailler en Suisse tout de suite après la guerre. Un livre ancré socialement et d’une grande audace formelle. Le Jeu du Monopoly est un voyage satirique à travers la Suisse des banques, où tous les coups sont permis, à la suite d’un narrateur nommé Cornelius Agrippa.

D’un tableau de Paul Klee

Le chef-d’œuvre de Giovanni Orelli résulte d’une commande pour le 700e anniversaire de la Confédération. Le Rêve de Walacek (1991) a été traduit chez Gallimard/L’Arpenteur. Le récit part d’un tableau de Paul Klee exposé au Musée de Berne, Alphabet 1. Le peintre a employé une page de la National-Zeitung du 19 avril 1938, peu après l’Anschluss. On y lit le nom de Walacek, génial footballeur du Servette, d’origine tchèque, connu pour avoir marqué le but de la victoire historique de la Suisse contre l’Allemagne la même année. A partir du O noir qui traverse le nom de Walacek sur la feuille de journal, comme un ballon, Orelli développe un récit polyphonique, une conversation de bistrot drôle et tragique, qui évoque le nazisme, la guerre, l’immigration et le football. Un livre complexe et passionnant.

Giovanni Orelli est également poète, dans les pas de son cher Catulle. Son Concertino pour grenouilles (en édition bilingue à La Dogana, 2005) révèle la musicalité de sa langue. C’est une ballade – et une balade – qui célèbre les souvenirs d’une enfance campagnarde.