Rarement sex-symbol aura été aussi pétillant, intelligent et coriace. Diana Rigg, qui reste au monde comme Emma Peel dans sa jeunesse, et en Lady Olenna Tyrell à son crépuscule, a marqué des générations de téléspectateurs dans le personnage d'une espionne fantasque et terriblement belle, puis, près de 40 ans plus tard, elle a impressionné les amateurs de Game of Thrones par la sincérité ironique donnée à son personnage. Dame Diana Rigg (elle était titrée) est décédée ce jeudi à l’âge de 82 ans.

Citée par l'agence AFP, sa fille, l’actrice Rachael Stirling, a indiqué: «Ma mère adorée est morte paisiblement dans son sommeil, tôt ce matin. Elle est décédée d’un cancer diagnostiqué en mars, et a passé ses derniers mois à réfléchir joyeusement à sa vie extraordinaire, pleine d’amour, de rires et d’une profonde fierté pour sa profession. Il est impossible d’exprimer à quel point elle va nous manquer.»

Le théâtre, sa grande oeuvre

Diana Rigg est née en Inde, où son père officiait comme ingénieur. Revenue en Grande-Bretagne, elle s’est vite mise aux études d’art dramatique. La scène a été le lieu central de sa vie; à la question des meilleurs souvenirs, elle citait toujours des spectacles, notamment son rôle de Médée.

Elle a pourtant bâti une solide carrière en télévision et cinéma. Dans ce second cas, elle est notamment apparue, récemment, dans Meurtre au Soliel en 1982, Heidi (2005), et sera encore visible dans Last Night in Soho, prévu l’année prochaine.

Dans les années 1960, forte de son sex appeal ravageur, elle tombe dans l'escarcelle de James Bond. Mais là aussi, elle ne fait pas les choses comme tout le monde: elle incarne Tracy, la seule femme à avoir épousé l’espion, dans cet opus unique de la saga qu'est Au service secret de sa Majesté.

Emma Peel, beauté rieuse et fatale

Et bien sûr, il y a eu la télévision. Elle est repérée en 1965 et passe des essais pour le rôle d’Emma Peel, dans Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers). «Je ne connaissais absolument pas la série, je n’avais même pas les moyens d’avoir la télévision», racontait-elle l’année passée à Canneséries.

Elle porte Emma Peel, beauté farouche, séductrice malicieuse, agente batailleuse, avec combinaisons de sport ou de cuir, bouche captivante, yeux sérieusement rieurs et sourcils martiaux, pendant 51 épisodes. «Nous improvisions souvent, pour les dialogues. Imaginez que vous découvriez un cadavre chaque semaine: il faudrait trouver des choses à dire… Nous nous amusions beaucoup», précisait-elle.

Elle évoquait le scandale que représentait son salaire – «moins qu’un caméraman» – et développait un peu le caractère avancé de la série s’agissant de la situation sociale des femmes: «Je n’ai pas mesuré l’importance de ce qui se passait avant de voir les épisodes à l’antenne. Nous étions quelques femmes à faire ce que les hommes faisaient. Dans mon cas, avec Patrick Macnee [décédé en 2015], nous étions égaux dans notre travail, cela facilitait les choses.»

Dans «Game of Thrones», il fallait parler de vaches

Qu’il s’agisse de Chapeau melon et bottes de cuir ou de Game of Thrones, Diana Rigg a toujours assuré n’avoir rien compris aux séries dans lesquelles elle a joué. A propos de Westeros, elle ricanait: «Je ne me rendais pas du tout compte de l’importance de GoT. Ils m’ont approchée, et pour moi, c’était un job. Et j’ai pensé qu’ils voulaient me tester, car dans les dialogues qu’ils m’ont donnés, je devais parler de bateaux, de vaches, de je ne sais quoi encore… Je suis sûre que c’était une épreuve. Je me suis dit, «Allez vous faire f…, je vais le faire». Et je l’ai fait.»

Diana Rigg sur «Chapeau melon…»:  «J’étais moins payée qu’un cameraman!»

Ridée mais pas fripée, crevant le petit écran par son cynisme et son habileté stratégique, elle a de nouveau impressionné en Lady Olenna Tyrell. Et même si elle a détesté le tournage («il fallait parfois faire 26 prises, vous imaginez?»), elle a glissé s’être quand même assez amusée. En concluant: «J’ai une prédilection pour les rôles de méchants. C’est plus excitant. Certains acteurs aiment être aimés, c’en est même obsessionnel. J’adore ne pas être appréciée.» Pourtant, elle l’est, et le restera, tant.

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