Les musiciens n'ont pas attendu la vague verte incarnée par Greta Thunberg et les marches pour le climat pour chanter une planète menacée. Chaque semaine de l'été, «Le Temps» vous propose de (re)découvrir une chanson engagée.

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Trésor caché, artiste injustement sous-estimé, auteur-interprète aussi discret que précieux, voire carrément culte… Difficile, lorsqu’on évoque Dick Annegarn, ce musicien néerlandais chantant en français, de ne pas sombrer dans les clichés, tant il est vrai que le natif de La Haye n’a pas connu la carrière qui aurait pu être la sienne s’il n’avait pas lui-même préféré rester dans les marges. Il a notamment vécu à Bruxelles et sur une péniche amarrée en banlieue parisienne, avant de parcourir le monde et de s’installer dans une ferme gasconne.

En 2014, sur la scène de l’Olympia, la jeune garde célébrait les 40 ans de carrière de ce troubadour capable de passer avec classe d’un livre-CD pour enfants (Soleilman, 2007) à un hommage au folk américain qui l’a tant inspiré (Folk Talk, 2011), puis à une réinterprétation de son répertoire en version symphonique (12 Villes – 12 Chansons, 2018). L’occasion de souligner à quel point sa poésie vaguement surréaliste et ses mélodies finement ciselées font partie du patrimoine de la chanson francophone.

L’inexorable déclin du monde

En 1974, Annegarn était le premier surpris du succès rencontré par Sacré Géranium, album sobre et dépouillé qui le voyait raconter, accompagné de sa seule guitare acoustique, des petites histoires de vie et de mort. Mais alors qu’il chantait sur le morceau titre le plaisir simple de flâner dans un jardin, il se montrait sur L’Univers autrement plus pessimiste.

«La Terre n’est qu’un trou dans l’Univers, un nid de fourmis, un nid plein d’humains, qui, je le crois et je vous avertis, est à sa fin, sur son déclin.» Et le musicien d’appliquer à la lettre la dernière strophe: «Je m’en vais dès demain sur mon char, je me barre dare-dare, je vais loin.» Plutôt que de jouer le jeu du star-système, il prendra donc la tangente, sans pour autant cesser de composer. Ni de défendre une certaine idée de la décroissance.