Genre: Roman
Qui ? Charles Dickens
Titre: Les Aventures de Joseph Grimaldi
Trad. de l’anglais par Bernard Hoepffner
Chez qui ? NiL, 375 p.

C’est à 21 ans, en 1833, qu’un jeune Londonien publie dans le Monthly Magazine son premier récit où, déjà, il prouve qu’il connaît les bas-fonds grouillants de la capitale britannique. Il s’appelle Charles Dickens mais il a choisi un nom de plume – Boz – et c’est sous ce pseudonyme qu’il signera cinq ans plus tard Les Aventures de Joseph Grimaldi , partiellement traduit en français en 1951. On a aujourd’hui tout oublié de Joseph Grimaldi mais, au début du XIXe siècle, ce clown irrésistible était très populaire en Angleterre. Juste avant de mourir – en 1837 –, il avait dicté à un secrétaire des centaines de pages autobiographiques qui ne furent pas publiées mais que Dickens accepta de réécrire: saisi d’une magnifique empathie pour Grimaldi, il transforma ses Mémoires en un récit… dickensien.

On se croirait dans la commedia dell’arte, avec une intrigue qui retrace les grandes étapes de la carrière du célèbre clown, né en 1778 au sein d’une famille de danseurs d’origine italienne. Le petit Joseph, à 4 ans, imite si joliment les singes qu’on le remarque aussitôt. Ses proches l’encouragent et il ne cessera plus de cultiver son talent de bateleur: toute sa vie, il offrira au public londonien une évasion providentielle mais, aussi, de multiples occasions de se moquer d’eux-mêmes. Comme Dickens, Grimaldi fut un perfectionniste, un travailleur acharné dont le nom s’inscrivit pendant 40 ans à l’affiche du Sadler’s Wells, théâtre où s’est bâtie sa renommée.

Belle occasion, pour Dickens, de rallumer les feux de la rampe, en explorant les coulisses pas toujours radieuses du spectacle. Déjà, le romancier préfère l’ombre à la lumière, connaît parfaitement l’argot populaire, sait mettre en scène les différentes personnalités qui cohabitent en Grimaldi, l’Arlequin britannique. On le voit préparer ses premiers sketches, courir le cachet au début, se barbouiller de farine et de carmin, ajuster ses collerettes de saltimbanque, affronter le trac, apprivoiser la célébrité, passer d’une troupe à l’autre, jouer ses meilleurs rôles – dans Ma Mère l’Oye , par exemple –, rencontrer lord Byron à Covent Garden et, peu à peu, devenir infirme, destin «en dents de scie» où «aucun grand plaisir ne lui apparaissait sans être accompagné par quelque accident ou mésaventure», écrit Dickens.