Salah Guemriche. Dictionnaire des mots français d'origine arabe. Seuil. 878 p.

Pour alambic, algèbre, alchimie, alcool, la chose était entendue ou presque, mais qui pense aux origines arabes du mot abricot? Le fruit à la peau duveteuse ouvre le Dictionnaire des mots français d'origine arabe. C'est à une promenade enchantée, érudite mais accessible, parsemée d'étonnements et de vraies surprises que nous convie son auteur, le romancier et journaliste Salah Guemriche. Au terme de quatre années de travail, il a rassemblé 391 mots français d'origine arabe (et turque et persane) en ce dictionnaire qui s'accompagne d'une anthologie littéraire. L'entreprise est celle d'un passionné, d'un amateur comme il se définit lui-même, fouillant les étymologies, dépistant les camouflages (par le latin et le grec souvent), les omissions, pour remettre à nu des racines parfois oubliées ou ignorées.

Beaucoup des mots arabes ont glissé au français par l'Espagne musulmane. Puis par l'Italie. La francisation se fit toute seule ou presque. Ainsi abricot vient de l'arabe al-barquq, lui-même calqué sur le latin praecox, précoce. Il est passé à l'espagnol albaricoque (1330), au catalan albercoc (fin XIVe siècle), au provençal aubricot, ambricot, albricot (1525) et à l'italien albicocco. Les étymologistes ont longtemps joué à saute-mouton avec ces origines arabes, préférant remonter directement aux sources grecques. Mais les mots sont têtus, l'histoire surtout.

Egrener ces mots-passerelles, comme les appelle dans sa préface l'académicienne Assia Djebar, permet des échappées vers l'astronomie, les mathématiques, la botanique, l'art équestre (entre autres domaines).

Pour la femme de lettres, ces amarrages prestigieux peuvent changer le regard des enfants d'immigrés sur la langue de leurs parents et leur permettre aussi de faire de la langue française un lieu d'hospitalité.