Genre: Roman
Qui ? Didier Daeninckx
Titre: Le Banquet des affamés
Chez qui ? Gallimard, 240 p. 

«Liberté, égalité, fraternité/C’est beau comme devise,/Dommage que ce soit platonique.» Telle est l’exergue qu’a choisi Didier Daeninckx pour Le Banquet des affamés , son tout dernier roman – il publie depuis 1982 –, qui vient de paraître chez Gallimard. Elle est de Maxime Lisbonne lui-même, un homme flamboyant dont ce livre est le portrait. Le titre, où il est question de faim et d’agapes, tout comme l’exergue disent l’appétit formidable de vivre qui caractérisa Maxime Lisbonne, né en 1839, mort en 1905, qui fut l’un des grands acteurs de la Commune de Paris, mais encore, comme le signalait Le Figaro à sa mort, «un type curieux», tandis que L’Humanité saluait un homme «vaillant».

Un appétit puissant, une colère extraordinaire, mais aussi du courage, de l’humour et une inventivité sans limites… Voilà ce qui fit, toute sa vie, avancer Maxime Lisbonne, qu’on serait bien en peine de définir en quelques mots.

Laissons-le donc se présenter lui-même, sous la plume de l’auteur: «Je me reconnais en tous. Novice sur le pont noir de La Belle Poule, zouave d’opérette devant Sébastopol, soldat bafoué en Algérie, comédien et pourquoi pas saltimbanque, fossoyeur de l’Empire, colonel des Turcos de la Commune, compagnon de Louise Michel et metteur en scène de ses œuvres, laissé pour mort sur la barricade du Château-d’Eau, estropié sans pension, condamné à mort, déporté en Calédonie, inventeur du théâtre déshabillé, directeur des Bouffes-du-Nord, gargotier, fondateur de journaux, orateur»…, etc. Tout un programme auquel il faut encore ajouter dompteur de lions, aspirant député et académicien et, enfin, «mari fidèle et père aimant». Il faudra, d’ailleurs, c’est clair, pas moins de 240 pages pour prendre toute la mesure du personnage et détailler l’étendue de ses exploits.

Il y a quelque chose du matamore chez Maxime Lisbonne. Mais c’est un matamore politique, né parmi les pauvres et paradant pour eux: «Je suis depuis longtemps un ennemi irréductible de ceux-là mêmes qui veulent m’ôter la vie, et je comprends leur impatience à se défaire d’un adversaire aussi déterminé», lui fait dire Didier Daeninckx, dans une tirade qui ne déparerait pas L es Trois Mousquetaires .

Le père de Maxime Lisbonne est un militaire, privé de pension pour ses convictions politiques. Sa mère est costumière. Tout petit, il arpente le quartier des théâtres parisiens qu’il verra disparaître dans les grandes réformes menées par Haussmann. Au passage, le romancier ajoute au portrait de l’homme, celui d’une ville: Paris, qu’on voit, dans l’œil de son personnage, se transformer radicalement. L’heure de gloire – pour Paris comme pour Maxime Lisbonne – c’est la Commune. Lisbonne, qui est père de famille, s’y jette à cœur et corps perdus, prenant en main la direction d’un bataillon. Le romancier s’en donne à cœur joie dans les récits de batailles, les actes de bravoure de part et d’autre du pont de Neuilly et l’on parcourt avec lui un Paris plein d’énergie et de massacres, autant de récits adossés à une abondante documentation historique. Frôlant la mort, Lisbonne se retrouve avec d’autres communards, dont Louise Michel, en exil en Calédonie. L’heure de la poudre est passée, mais pas celle des combats. Canaques, affamés, famille, il se trouve toujours pour Lisbonne des gens à défendre, à commencer par lui-même. De retour d’exil, il déploiera mille et une activités, théâtre, journalisme, cabarets. Rien ne le rebute, ni les quolibets, ni les faillites. Une idée nouvelle lui vient dès que la précédente a failli. Et cette énergie communicative, restituée par l’auteur, fait de l’histoire de sa vie un vrai roman d’aventures.

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Maxime Lisbonne

Cité par Didier Daeninckx

«Oui! Saltimbanque! Et je suis fier d’appartenir à cette corporation qui, pour gagner sa vie, fait des poids sur la place publique»