Un concerto pour six violons? Oui, un concerto baptisé Menuhymn. Didier Lockwood a reçu la commande d’une «œuvre festive» pour les 60 ans du Gstaad Menuhin Festival (fondé en 1956) et les 100 ans du violoniste Yehudi Menuhin (1916-1999). D’où l’idée de célébrer cet anniversaire en musique, avec une création qui joue sur l’ouverture, la découverte et le métissage, à l’occasion du concert final samedi.

«Menuhin était très intéressé par tout ce qui sortait des sentiers battus, notamment par l’improvisation, puisqu’il avait travaillé avec Stéphane Grappelli, raconte le violoniste français. Il savait que le fait de côtoyer la musique de jazz et la musique indienne, ça faisait beaucoup de bien à son art.» Roby Lakatos, Gilles Apap, Valeryi Sokolov, Volker Biesenbender, Didier Lockwood et Lakshminarayana Subramaniam seront tous réunis à Gstaad pour interpréter cette œuvre aux influences multiples. «Il n’y a pas de grande et de petite musique. Il y a celle qui va directement au cœur et les autres qui manquent d’incarnation. Je suis ravi qu’on m’ait proposé de faire cette création pour faire fusionner tous ces mondes de musique.»

L’œuvre s’articule autour d’un thème générique, un peu à la façon des Tableaux d’une exposition de Moussorgski. «Pour chaque violoniste, j’ai écrit dans le genre de sa spécialité. Pour Subramaniam, c’est dans le style d’un raga. Pour Valeryi Sokolov, c’est du tango, parce qu’il n’improvise pas; j’ai écrit une cadence tout en lui proposant d’en improviser une s’il le voulait. Pour Roby Lakatos, c’est de la musique tzigane avec un thème bulgare aux mesures asymétriques. Il y aura de la musique klezmer avec Volker Biesenbender et de la musique irlandaise avec Gilles Apap. Et moi-même, je ferai de la musique sud-américaine.»

Improvisation
sur différents tableaux

Dans ce concerto, la part d’improvisation sera présente chez certains violonistes. Cet art exige des réflexes particuliers, dans la mesure où il faut une maîtrise qui permet de «remédier très rapidement aux problèmes techniques des doigtés mais aussi de l’archet». A chaque fois, entre les interventions de chaque violoniste, le thème générique de la pièce reviendra, puis on passe à un autre tableau. Une œuvre colorée, délicate à régler. «On a tendance à croire que quand un jazzman écrit un truc, ça ne va pas être trop compliqué à jouer, mais souvent, la difficulté se trouve dans les rapports rythmiques. Faire danser un orchestre symphonique, ce n’est pas facile, surtout pour les cordes.»

Didier Lockwood a connu Menuhin un an avant son décès. Le violoniste américain était venu le visiter dans son académie, à Calais, parce que lui-même avait un concours de violon dans la région, à Boulogne-sur-Mer. «Menuhin était fasciné par l’aisance et la grâce de Stéphane Grappelli. Quand ils jouaient ensemble, Grappelli lui écrivait toutes ses improvisations.» Mais quelle est la recette de cet art? «L’improvisateur, c’est un compositeur sans gomme. Il faut une oreille à plusieurs dimensions pour qu’on puisse entendre ce qu’on est en train de jouer mais ce qu’il y a derrière aussi, sinon vous perdez le décor. C’est le réflexe de l’improvisateur: se perdre pour mieux se retrouver.»

Gstaad Menuhin Festival. «Happy Happy Birthday Yehudi». Sa 3 sept. 
à 19h30. Avec Philippe Bach et l’Orchestre symphonique de Berne. 
www.gstaadmenuhinfestival.ch