Ceux qui caricaturent les artistes contemporains comme de purs concepteurs faisant exécuter leurs idées par des assistants auraient dû passer quelques heures dans le hall d'Attitudes, à Genève, ces derniers mois. Ils auraient pu y voir un jeune homme discret, le crayon en main, s'appliquer à noircir les cinq séries de côtés d'une grande forme géométrique inspirée par Frank Stella. Ou encore à dessiner, dans ce cadre imposant, un bout de forêt luxuriante autour d'un arbre séculaire. En tout, quelque 90 heures de travail! Didier Rittener, qui est aussi un des fondateurs de l'association lausannoise Circuit, n'invente pas ses motifs. Il n'est pas non plus un copieur habile. Il réunit en fait les deux extrêmes de l'art, le conceptuel et l'artisanal. Cherchant des sujets appartenant tant à l'histoire de l'art la plus illustre qu'à l'imagerie la plus populaire plutôt que d'en créer de nouveaux, les dénaturant et les unissant grâce à un travail basé sur différentes techniques de reproduction (calques, transferts chimiques…).

Qu'il travaille sur papier – Attitudes édite un triptyque – ou sur le mur, Didier Rittener donne ainsi à voir des motifs évocateurs pour notre mémoire visuelle, lui offrant un jeu subtil plutôt qu'une vaste foire aux images. Et cette troublante émotion de la mémoire est encore accentuée par l'aspect très vivant de l'œuvre, grâce aux traces grisées de la mine de plomb, aux ombres portées laissées par la main noircie de l'artiste au fur et à mesure qu'il travaille. Une ombre qui semble détacher du mur les étoiles de l'autre dessin, réalisé sur le mur voisin, les faisant flotter dans l'infini.

«Bethleem»

Attitudes a pris l'habitude d'inviter ainsi des artistes à travailler en plusieurs étapes dans le hall ou dans la «cage» conçue dans la cour par Fabrice Gigi, d'ailleurs occupée en ce moment par une étrange plantation de Pierre-Philippe Freymond. Mais c'est l'Allemand Michael Sailstorfer, qui malgré ses 25 ans sera présent cet été dans les biennales internationales, qui occupe l'espace principal avec deux nouvelles pièces. Il faut dire que Bethleem est une pièce qui nécessite un peu de place. Surtout lorsque l'artiste, comme il l'a fait le soir du vernissage, veut prouver que ce triporteur customisé de l'ex-Allemagne de l'Est peut bel et bien encore rouler. Qui sait de quel message cette étoile du XXIe siècle est porteuse! Mais elle donne en tout cas assez envie de la suivre.

Outre ce véhicule messianique, Michael Sailstorfer expose un autre objet bizarre, mélange de chandelier, de frigidaire et de porte-bouteilles de bières baptisé sobrement Gueule de bois. Une vidéo donne à voir un tout aussi étrange lance-missiles et une série de photos retrace le sort malheureux d'une maison de bois peu à peu démontée pour nourrir le poêle censé la réchauffer…

Attitudes, rue du Beulet 4 à Genève, tél. 022/344 37 56. Me-sa 15-19h

Jusqu'au 10 juillet.