On a appris jeudi 24 mars, en fin d’après-midi, le décès de Didier Séverin. Il avait 51 ans. Avec lui, c’est une voix tout à fait singulière des musiques actuelles romandes qui s’éteint.

Choisir de se taire, mais ne pas rester silencieux

Au mitan des années 90, en pleine effervescence alternative genevoise, il participe à l’aventure de Knut. Ne pensez pas à l’ourson polaire qui fit le buzz d’un web encore un peu bégayant, mais bel et bien à la version russophone du martinet: Knut, ce fut un kairos dans l’univers du metal, et un groupe qui s’offrit avec brio la possibilité de s’aventurer hors des bornes du genre – vers l’industriel, les musiques électroniques et les bidouillages de toutes espèces. Une musique serrée, mais diablement évolutive.

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Dans Knut, Didier Séverin assurait les parties vocales. Il a ensuite choisi de se taire, mais pas de rester silencieux. Dans les années 2010, avec Olivier Hähnel et Mathieu Jallut, il se lance (depuis Conthey et son Valais de racines) dans l’univers des synthétiseurs analogiques.

C’est l’expérience strom|morts, un nom de projet en palindrome, mais avec lequel il a surtout contribué à populariser, avec d’autres, l’esthétique du drone – cette antique pratique musicale consistant à jouer des notes tenues sur une longue durée pour faire apparaître des strates d’entremêlements harmoniques, des accords fantômes, des résonances.

De ce fameux drone (on peut aussi dire «bourdon»), il avait fait une zone accueillante, conviant la fine fleur des musiques aventureuses suisses, tous genres confondus, à collaborer avec strom|morts pour créer des plages tout en belles étrangetés – une série de dialogues réunis dans Colab-20/21, et par laquelle on a pu entendre Jonathan Nido, guitariste chez Coilguns, l’électronicien zurichois Simon Grab, ou la violoncelliste Aline Spaltenstein étendre leurs techniques sur des morceaux de longue durée. On retrouvait des inspirations similaires dans le duo Llama/OLO, qu'il menait avec le bassiste Loïc Grobéty.

A l’époque de Knut, Didier Séverin déclarait à la Tribune de Genève: «Notre obsession, ce ne sont pas les riffs. Mais les figures rythmiques, cycliques.» Une forme d’éternel retour.