Non, on ne l’oubliera pas, cette Didon. Engloutie par les sables mouvants de l’amour et de la mort, voilà l’image dont on se souviendra après son sublime air Remember Me. La puissance visuelle et symbolique de cet ensablement final ne représente pourtant pas qu’un tableau marquant. Elle signe le délitement suffocant imprimé à l’opéra de Purcell par la compagnie Peeping Tom de Franck Chartier, le compositeur Atsushi Sakaï et la cheffe Emmanuelle Haïm. Créé dimanche en salle – où nous étions – avant d’être retransmis lundi soir sur écran, ce spectacle hors normes creusera un sillon profond dans les annales du Grand Théâtre.

C’est que la production s’inscrit dans le cadre d’une véritable recomposition artistique en déplaçant radicalement les lignes du langage lyrique. La signature d’Aviel Cahn est d’aller explorer les voies du transformisme opératique. On se souvient que sa programmation a connu divers revers, dont le plus contesté aura été L’Enlèvement au sérail. Le livret politiquement revisité par l’auteure Asli Erdogan et la théâtralité bruyante de Luk Perceval en ont épuisé l’écoute et la vision. L’ensemble, disparate, tenait du mariage forcé. Et Mozart s’en est trouvé dénaturé. Forte peut-être de cette expérience mal canalisée, la nouvelle équipe en jeu sur Didon et Enée a opéré une transformation autrement plus aboutie, parce que peut-être plus fouillée et collaborative.