Le temple de Nyon avait des allures de Cour des Miracles mercredi soir. Cinq musiciens handicapés physiquement et mentalement ont joué, en partie en improvisation, durant deux heures, accompagnés d'un éducateur et d'un guitariste. Comme elle en a pris l'habitude depuis deux ans, l'équipe de Steinengässli, établissement médico-éducatif saint-gallois, convie des musiciens professionnels à venir délirer sur scène avec ses protégés. Pour les deux spectacles du FAR, les jazzmen vaudois Daniel Bourquin et Léon Francioli tenaient le rôle d'invités spéciaux.

En fait de délire, la performance reste plutôt calme. Dans un silence religieux, les musiciens commencent à frotter doucement leur instrument. Si le public demeure perplexe devant ces neuf personnes qui jouent chacune de leur côté une partition imaginaire, le groupe, lui, rayonne. Franco surtout, le percussionniste autiste qui frappe à intervalles irréguliers ses cymbales ou son xylophone, puis regarde autour de lui d'un air satisfait. Mais le plus heureux, c'est Martin, que l'accordéon a libéré de la tutelle des neuroleptiques: il lance des volées de notes par-ci, par-là, puis se tourne en quête d'approbation vers son éducateur, Heinz Büchel, l'âme du projet. Quant à Roland, au piano et au chant, il se laisse aller à des couplets blues proches de l'onomatopée où se mêlent «schwyzertütsch», français et anglais; quelques heureux élus semblent comprendre cependant puisqu'ils éclatent de rire.

Bourquin et Francioli s'immiscent tant bien que mal dans ce mélange ésotérique mais s'interpellent surtout mutuellement. Le dernier morceau s'appelle Schlafen, et c'est ce que beaucoup de gens font dans la salle.

L'étrange orchestre sera à la Bâtie. A voir pour y croire.

Die Regierung, la Bâtie, Théâtre de l'Orangerie, Genève, samedi 11 septembre à 20 h 30, dimanche 12 à 18 h.